Hummer: au resto

Photo qui n’a aucune raison d’être là, sauf que j’aime bien sa petite gueule, à Gordon.

Cette scène, vous l’avez tous vécue. On s’attable au restaurant, dans l’idée de passer une bonne soirée, le maître d’hôtel apporte le menu, le sommelier la carte des vins. Quand soudain, le cataclysme: une dame, la quarantaine vient de franchir la porte.

Madame avance petits pas sur talons hauts, elle a d’évidence sorti tous ses bijoux: de la cacaille*, mais l’effet -boeuf- est là. On ne peut pas la rater: elle brille comme la tour Eiffel les soirs de fêtes.
Ce qu’on ne tarde pas à rater non plus, c’est son parfum. Obsédant, entêtant, avec de la vanille, du musc, de la violette? Peu importe: la dose dont elle s’est aspergée (s’est-elle immergée dedans?) est telle que les différents ingrédients ne sont plus identifiables. Là, vous n’avez plus qu’une prière, qu’une requête silencieuse que vous adressez au serveur, cherchant à plonger droit dans son regard:
« Pitié, qu’elle ne s’installe pas à la table à côté! ».
Raté! Le serveur, peu enclin à déchiffrer le langage de l’iris, fut-il désespéré, la place à côté de vous. Oh, quarante centimètres vous séparent, bien sûr. Mais c’est loin d’être assez. Vous êtes pris de nausée: le vin que vous avez commandé n’a plus aucun parfum, votre plat vous semble bien fade, seul persiste le satané jus de cocotte.
Avec un peu d’humour, vous pourriez prendre la chose avec légèreté: trente ans de plus, et vous auriez aussi pu bénéficier d’un bonus… Une odeur de pisse, mal contenue par un Tena, qui aurait ajouté un peu d’âcre à la fragrance.  Estimez-vous heureux.
Ha, les femmes au restaurant: incapables de s’y rendre autrement que pomponnée au dernier degré. Il y a des lieux pour ça, non? Ne devraient-elles pas réserver leurs parades de séduction -oui, ce délire olfactif en est une- à l’objet de leur affection, et à lui seul? Franchement, on devrait leur interdire d’y pénétrer.
Tout à vos réflexions, vous avez failli rater l’entrée suivante: un groupe de jeunes gens.
Visiblement, ils ont quelque chose à fêter: le fait qu’ils soient « entre couilles » est un gros indice. Ils hèlent le serveur, à peine assis, commandent des ricard. Se plaignent qu’il n’y a pas de cacahuètes, et font profiter l’ensemble de la salle de réflexions et de blagues aussi graveleuses que stupides. Matent le cul de la serveuse, osent lui proposer de « boire un verre avec eux ».  Bref, ils sont insupportablement bruyants, grossiers et malappris.
Ha les jeunes, toujours festifs, beaufs, incapables de parler à un niveau de décibel normal. Sans rire, on ne voit pas ce qu’ils viennent faire dans les restos, à emmerder les honnêtes gens.  On devrait leur en interdire l’accès.
Vous reprenez un peu de vin: pas de môme braillard à déplorer, pour une fois. Non, s’il y a des enfants à table, ils se tiennent correctement et mangent sans faire d’esclandre. Sans doute des nordiques ou des belges: ces gens-là éduquent mieux leurs gosses que les nôtres, c’est connu. C’est l’exception, sans doute, parce que d’habitude, les mômes, les chiards quelle plaie! C’est bien simple, ils n’ont rien à faire ici, on n’a qu’à interdire les restos aux mômes, et voilà.
Plongé dans vos pensées, et votre verre, tout à vos ilfaukon/yaka vous grommelez.
Un peu plus loin, à deux tables de vous, une paire d’yeux verts ne vous a pas lâché.
Changeons de point de vue, voici le sien:
Au premier abord. Il est comme vous et moi. D’apparence convenable, discrète, il n’a rien qui se puisse faire remarquer. Lui, il a repéré tout de suite que vous avez posé un de vos coudes sur la table, oh, juste cinq minutes. Il a râlé. Il a vu au fond, la femme qui donne le sein à son enfant, sans ostentation, juste parce qu’il a faim, en tirant son châle devant elle pour ne pas dévoiler un bout de peau de trop. Il a râlé. Il a aussi noté les bruits de succion de son voisin de gauche -inconvenant- sans savoir bien sûr qu’il se remet tout juste d’une hémiplégie faciale. « Fallait pas aller au resto, si tu sais pas manger sans bruit, fallait pas aller au resto si t’es obligée de foutre tes mamelles sous le nez de tout le monde, fallait pas aller au resto parfumée comme ça » marmonne-t-il. Incapable de jouir de son assiette et du moment, il observe impitoyablement tous les défauts de ces compagnons fortuits d’un soir. Franchement, des types comme ça, on devrait les interdire de resto!
  *cacaille: bijoux en toc
 Ce billet est une boutade au sujet d’un billet ayant fait grand bruit. 

 

 

 

 

 

 

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2 réflexions sur “Hummer: au resto

  1. Perso, ma bonne humeur et ma joie d’aller au resto sont inoxydables … a moins qu’on me casse les pieds de front, je suis assez tolérant et patient et je ne me laisse pas gâcher ma soirée … faut dire que dire du mal des tables voisines fait partie des petits plaisirs mesquins qui m’éclatent 🙂

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