VDV #78: Peau(x) !

Et pan! Peau!

C’est le thème VDV de ce mois de septembre.  La, les peaux. De raisin, de zob, de balle, peau de chagrin, peau de lait, d’albâtre ou d’ébène: les expressions et qualificatifs ne manquent pas, et permettent de mêler le vin et les mots.

Parlez-moi donc de ces peaux usées, burinées, des mains, des pieds, du hâle des vigneron(ne)s. De celles de ces baies épaisses ou diaphanes, qui contiendront -peut-être- l’essence du vin. De la peau en vinification?  Des ces vins que vous buvez à fleur-de-peau, de ceux qui vous tannent, de ceux qui vous donnent la peau velours. De ceux qui en sont presque une seconde. Parlez-moi de ces minutes-là, de ce que ça fait à votre peau, juste avant la chair. Mettez-vous dans la peau d’un personnage du vin, pourquoi pas? Osez, écrivez, racontez: vos mues, vos transformations, vos peaux diverses et vivantes. Il n’y a que les morts qui ont tous la même peau, pas vrai Boris?

On peut donc partir dans plusieurs directions, j’en ai pris trois. 

Acte un: la peau, au sens raisin.

Direction Alsace. wpid-img_20150924_221542.jpg

Et ça continue amphore et amphore… J’adore les vins oranges, vins particuliers issus de la macération de peaux justement. Ce sont des vins qui ne ressemblent à aucun autre, ils ont tous des vibrations, des splendeurs particulières.

Laurent Bannwarth fait celui-ci en Qvevri, d’où le nom sur l’étiquette (malin!). Mais qu’est-ce que c’est donc? Une amphore en général enterrée, en terre cuite et d’origine georgienne. Plus d’infos ici. 

C’est un gewürztraminer. Là, les poseurs me diront:

« Okay cocotte, un gewürtz, c’est:

  • de la rose
  • du litchi
  • du sucre
  • des machins exotiques

Oui mais non.

D’abord, on fout son pif dedans et on part vers du foin, un côté végétal, puis doucement derrière de la poire… La bouche est complètement folle: large, on y tiendrait facilement à quatre, il y a de la noisette torréfiée, du coing, des écorces d’agrume, de la girofle, et tout ceci est parfaitement sec. Mieux, ça laisse le palais et la langue « nettoyés » et avides de recommencer.

Si t’as pas goûté à ça avant tes cinquante ans, laisse-moi te dire que t’as bien raté ton cursus « picole et grandes émotions ».

J’en ai presque la chair de poule, dis donc.

Acte deux: la peau littéraire

Toute ressemblance avec une excellente bande-dessinée belge n’est pas du tout fortuite. Le vigneron aurait pu nommer ce vin « Qui veut la peau de Melonix » mais c’eut été fort long à caser sur l’étiquette. Soit. wpid-img_20150924_210452.jpg

Jo, il marche pas au soda, si  on en croit sa contre-étiquette.

Melonix, petit cépage personnifié dans l’imaginaire d’un vigneron amateur de fruit et de liberté émigra de la Bourgogne pour échapper aux racines de Chardonnay l’envahisseur. Initié à la connaissance, il vainquit les hybrides autochtones affaiblis par l’occupation du colombard au goût sauvage et rustique et s’établit sur les coteaux du fleuve Loire. Par cette cuvée révélant la finesse et la pureté de sa vigne blanche, Mélonix décida de s’élever dans la liberté en refusant le joug de l’oenologie moderne et abolissant les privilèges de la non-culture.

Qui veut donc la peau du melon?

Moi en tous cas, je bois cette potion magique, ce vin de druide avec délice.  L’énergie qui s’en dégage, le nez vif autour du tilleul, de la sauge et de la pomme verte, la bouche ronde et guillerette comme une journée de printemps dans les prés, à vagabonder, croquer des fruits, goûter à la peau d’une charmante jeune femme ou d’un délicieux monsieur. C’est un vin de gourmands, de jouisseurs. Pas compliqué, il se siffle en un temps record.

Acte trois, la peau, la vraie!

pomerol

Vigneron de pomerol dans son jus: c’est beau hein? @chateau Gombaude-Guillot, main d’Olivier

J’ai une fascination totale pour les mains de vignerons, masculines et féminines, plurielles. J’adore, plus encore que les écouter parler avec des mots qui respirent leur terre, j’aime observer leurs doigts, leurs paumes, les marques de travail qui s’y dessinent,  les empreintes des années, belles ou moins. Je suis subjuguée: la peau, sur laquelle le tanin crée des tatouages éphémères. Un coup de serpette ou de sécateur trop court, et la lézarde comique ou plus grave sur le pouce. J’en ai déjà parlé, mais je n’ai pas dit pourquoi.

C’est à cause de Jean.

Jean a longtemps été l’homme de ma vie, mais pas seulement. Une montagne, un roc, un monstre mythique et attachant comme seuls peuvent être les grand-pères pour leurs petites-filles.

Jean, j’en ai parlé ici. 

Les mains de Jean, c’était des mains de paysans. Courtes mais rudes, dures au mal, avec la peau sillonnée, burinée, tannée. Il n’était pas vigneron, mais avait un jardin. Il y passait des heures. Sa peau, la peau de ses mains avait pris l’odeur et le goût de la terre, de l’automne, des étés languissants, des printemps précoces et des hivers. Moi qui ne sait rien faire – ou presque- de mes dix doigts, qui ne sait pas modeler un jardin, le maintenir en vie (je fais crever des cactus), je les admirais comme des personnages à part entières. Quand il me caressait la joue -rarement- c’était de la tendresse qui pique: les cals rendaient cette intimité un peu rugueuse, un peu âpre.  Constellées de taches rousses, parsemées de poils fantaisistes, elles avaient une vie propre, animées toujours, rattrapant un fil, tenant une bêche, lâchant la laisse du chien, faisant la cuisine … Ses mains créaient, arrangeaient, soignaient, souffraient, et on pouvait le soir venu, quand elles reposaient, fourbues, sur ses genoux, y lire toute sa journée.

 Alors, même si je n’ai même aucun souvenir de mon grand-père buvant du vin, les mains de vignerons me font immanquablement penser à lui. Je finis ce billet un peu à fleur de peau, tant pis ou tant mieux, va savoir!

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