Le beaujo est-il schizo?

On dit et écrit un paquet de choses sur le vin, naturel, ou pas, conventionnel (ou « industriel »). On en lit des vertes et des pas mûres sur les AOP, j’y ai d’ailleurs largement contribué, tant les situations parfois ubuesques se multiplient.

L’histoire que je vais vous raconter est cocasse parce que bon, vaut mieux en rire qu’en pleurer, n’est-ce pas?

Tout commence avec une agence de comm’ qui contacte deux vignerons, pour réaliser avec eux un mini-film sur les vendanges, le tout afin d’assurer une jolie promo aux vins de la région.

Ils acceptent (bah oui, sinon y a pas d’histoire). Avec de l’étonnement, un poil, un chouille d’incompréhension.

Le tournage se passe, plutôt bien.

Le résultat est là, d’ailleurs, c’est cool, non?

Oui, mais alors, mon histoire? Tout ne va-t-il pas pour le mieux dans le meilleur des mondes?

Pas vraiment.

Pour ceux qui fréquentent ce blog assidument, on ne présente plus Isa et Bruno Perraud (pour les autres, rattrapage). Vous avez sûrement aussi découvert David Large.

Le choix des ces vignerons-là pour redorer le blason des beaujolais est tout de même malicieux: comme l’explique Isa, chaque année ses vins (partie) se font refuser à l’agrément.

C’était nous. Les Perraud. Nous, qui voyons nos vins refuser aux agréments tous les ans (oui, TOUS)
Pour résumer, à chaque fois qu’ils les ont goûté, ils n’ont pas aimé (même quand c’est super bon)
Ce qui nous vexe un peu plus chaque fois, avouons le. Surtout Bruno.
(Les agréments c’est le genre de trucs que les vignerons trouvent nuls et inutiles quand leurs vins sont déclassés, et dont ils se vantent quand les vins ne sont pas recalés:
-Non, moi je n’ai jamais eu aucun souci aux agréments. Vraimeeeeeent! Toi tu en as? ahhhhh bon??? (sous entendu, qu’est ce que t’es naze)

Et bardaf, c’est cette année David qui se voit contraint de ne pas appeler ses beaujolais nouveaux « beaujolais ».

« Toi tu peux, toi tu peux pas. Toi tu rentres t’es mon copain. Toi nan Faut être habitué. (ou mon copain) ».

 

Donc les gars décident de passer contrôler après le Beaujolais Nouveau, pour me dire que je peux pas mettre Beaujolais Nouveau.

Logique.

Genre vu le volume de ouf que je brasse, je vais niquer tout le plan de construction de renommée de la région.

Surréaliste, un peu?

Bien sûr, ceux qui s’occupent de promouvoir et ceux qui filent le Graal-agrément ne sont pas les mêmes gens. Mais on peut tout de même se poser des questions:

Est-ce qu’il n’y a pas une certaine incohérence à profiter de la notoriété galopante et du côté télégénique de vignerons (bah oui, ils sont super beaux et ils passent bien à l’écran, les deux, là) pour les donner en exemple alors que leurs vins sont régulièrement refusés en appellation?

Parce que, soyons clairs, quand on dit d’un côté « votre vin ne reflète pas ce qu’on devrait trouver en AOP » voire « il est complètement daubé du cul » (en vrai, les gens parlent pas comme ça, le discours est plutôt: « refusé pour manquement grave, défaut majeur ») et qu’en même temps on vient vous chercher pour défendre l’image de cette même AOP… Y a comme un truc qui colle pas.

Soit ils font un beaujo duquel on est fier en beaujolais, et du coup, légitimement, il en porte l’appellation. Ou ils font du hors-piste, et dans cette optique là, très bien, mais pourquoi aller les chercher eux? Je serais cynique, je dirais « la comm’ avant tout ».

Ça me fait doucement rigoler quand j’entends et lis encore « les nature(l)s c’est un phénomène marginal, un truc de bobo parisien, que de toute façon personne n’en boit et ne les connait. C’est tellement un phénomène marginal que c’est à eux qu’on applique la cocarde beaujolais quand ça arrange. C’est sur eux qu’on compte pour donner un coup de frais, de pep’s, pour « décomplexer » les gens d’en picoler.

On ne les connait tellement pas les deux loustics que c’est à eux qu’on pense pour faire de la comm’, tu vois.

Ha ça on met en avant de la bonne gueule de vigneron, de la sincérité qui crève l’écran, de la vigne toute belle un peu sauvageonne mais pas trop, parce que c’est bucolique et vendeur.

Tout ça pour dire: si vraiment vous êtes jaloux du surréalisme belge, on peut vous donner des cours les gars. Et aussi des cours de prononciation.

molenbeek

 Et sinon, tant qu’on est à parler de vendanges, voici celles du bien-nommé « Sot » aka Quentin, et de son équipe de vendangeurs-fous. Y a pas d’organisme de promo derrière, ça suinte juste la folie du vigneron.

Bon, l’année prochaine, on va tous à Azay?

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