Le vin nature encadré?

Maintenant que tout le monde s’est un peu calmé dans la blogosphère, que les billets assassins succédant aux commentaires perfides, que les imprécations, les insultes, et la mauvaise foi ont un peu déserté les réseaux sociaux, on va pouvoir parler de cette fameuse reconnaissance des vins nature (ou naturels, va déjà falloir se mettre d’accord les biquets).

Je ne le cache pas: j’aime beaucoup certains vins nature (et parfois, souvent corollairement les vigneron(ne)s au bout de la grappe). J’ai très souvent expliqué, réexpliqué pourquoi je pense qu’ils sont à mon sens plus intéressants, à plusieurs titres que d’autres types de vins. C’est une opinion.  Pas tous: il existe une frange de vins mal foutus, mal torchés, malhonnêtes. C’est un fait.

Là voilà l’idée, on navigue entre faits et opinions, sans plus trop savoir d’ailleurs ce qui relève de l’un ou de l’autre.

Je considère que boire du vin nature m’est bénéfique: parce que certains de ces vins sont parmi mes préférés, à mon goût, ce qui est vachement important bien que subjectif, parce que j’ai confiance en ceux qui les font pour ne pas les avoir bombardés de produits nocifs, parce qu’il me fait passer de bons moments avec les potes ou mon chéri (ou même seule, mais chut, faut pas le dire), parce que je n’ai pas l’impression de contribuer à polluer la nature (et rendre le monde plus merdique qu’il n’est déjà)…

Il ne me rend pas plus maligne, ni spirituelle (faut pas déconner, ça reste du raisin fermenté), il ne fait pas disparaitre magiquement les gueules de bois éventuelles (cerveau déshydraté, bobo tête tu auras, sulfites ou pas). Il n’est peut-être pas paré de toutes les vertus qu’on lui prête, à tort, mais il est pour moi le garant – ou devrait être- d’une certaine honnêteté.

Celle qui consiste pour le vigneron à dire: « voilà, j’ai fait de mon mieux, avec des raisins que j’ai cultivés, sans user d’artifices mais de mon savoir-faire, de mon empirisme et d’un peu – ou pas – de soufre. »

Du coup, légiférer, ou pas? Légiférer pour protéger, je veux bien mais qui au juste?

Si c’est le consommateur, il est déjà suffisamment perdu avec les AOP/AOC, et tout le toutim, les labels et certifications (c’est quoi demeter, c’est mieux ou pas que AB, ou que terra vitis, ou …). Est-ce que rajouter une appellation ne rendrait pas les choses encore plus confuses? Ou alors il faudra informer, réformer en profondeur, être clair et lisible, pas seulement pour ce label mais pour tous les autres: sacré chantier.

Si ce sont les producteurs de vins nature eux-mêmes, on peut se demander lesquels au juste. Ils ne sont pas si nombreux – pas encore- et les plus réputés ne vendent déjà plus forcément parce qu’ils sont « nature » mais parce que c’est bon (seul argument d’autorité, finalement). En revanche, le mouvement nature a tellement fait couler d’encre qu’on en arrive à une situation ubuesque: certains font du nature sans le dire ou en faire mention histoire de rester à l’écart des querelles de chapelles tandis que d’autres, flairant la tendance qui veut que les gens ont de plus en plus de sympathie pour les nature, s’engouffrent dans le filon  et s’accrochent aux mots nature ou naturels comme une moule à son rocher? Le tri se fait vite cependant: si tu sais pas faire, c’est pas bon. Et si c’est pas bon, ben…

Ils ne sont pas neufs, les natures. En revanche, leur notoriété est grandissante, leurs qualités (pour la plupart) ne sont plus à prouver: est-ce de la récup utile de vouloir encadrer le mouvement? Est-ce qu’on pourra imaginer des nature de supermarchés, en gros volume… Une minute, n’est-ce pas déjà le cas?

Bref, le problème est insoluble: pour légiférer et encadrer, il faudrait que tous les acteurs du vin nature se mettent d’accord, d’abord. Pas simple: si à l’AVN (association des vins naturels) on préconise « pas d’intrants » -cad: pas de produits aidant à la vinification. Ce terme semble également recouvrir les procédés comme la flash pasteurisation- et un usage modéré du soufre, voire son absence, les non-adhérents à l’AVN mais qui font du nature quand même recouvrent aussi bien vignerons artisans et plus gros faiseurs. Quel sera le poids de ces derniers?

Une appellation, ou un label pourrait donner une légitimité aux petits, aux parias, aux exclus des systèmes qui trouveraient enfin un label à eux, une belle petite case où se ranger?

Cela empêcherait la « triche » comme cela a été évoqué, les discours de façade derrière des réalités gommées arabiques? La suspicion est partout, tout le temps, même pour les vins fraichement labellisés, et quel qu’il soit d’ailleurs: on soupçonnera toujours les bios de n’avoir un label bio que pour vendre plus cher, les biodynamiques d’être des sectaires déguisés loin de toute rigueur scientifique. On pointera les manquements de telle ou telle Aop, de tel ou tel comité. On critiquera les méthodes et les chartes.

Analyser? Pourquoi pas, bien qu’il faille encore savoir les déchiffrer correctement les chiffres des analyses: pour le clampin lambda, sacré défi.

Mais franchement, vraiment, quand on voit le pourcentage de vins nature qui correspondent au cahier des charges AVN (sans forcément y adhérer) qui devrait logiquement être la référence , on se demande s’il est bien utile de créer une norme ou une « typicité » pour ces vignerons-là?

J’ai une idée: je propose que chaque vigneron nature se balade avec son bulletin d’analyses, un prélèvement de vigne, un de cuve,  un flacon d’urine du matin, un bilan sanguin complet et une déclaration sur l’honneur qu’il respecte bien les sacro-saints commandements. Juste au cas où.

Ou alors, mais c’est un peu utopique: on pourrait revenir à un monde où il n’y a pas besoin de sans cesse prouver qu’on n’a pas fauté.

Buvez des coups, de nature ou pas, et réfléchissez-y: comme dit le diction, « sauve un vigneron, bois un canon. »

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2 réflexions sur “Le vin nature encadré?

  1. Vaste sujet !
    l’inverse de nature est ? donc meli-melo de termes plus destinés à la commercialisation qu’au bienfait du produit.
    Techniquement, comment stabiliser un vin à long terme sans ajout extérieur de produits tel le SO². Comment éviter efficacement les casse oxydasiques (ou tout autre problèmes de stabilisation des vins à long terme)
    Je suis curieux.

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