Blabla et vin

Ce matin, l’oeil encore à moitié dans le coussin, l’autre sur twitter, je tombe sur un tweet posté par mon camarade Manu, qui parle de l’inanité d’un commentaire vin.

Bam, mon œil s’ouvre en grand – l’autre l’était déjà, suivez un peu – et je vais voir. Effectivement, l’assemblage de mots est imbitable: il utilise des adjectifs qui objectivement ne peuvent pas qualifier des noms. Un sillage ne peut pas être soyeux, par exemple, pour la bonne et simple raison qu’il s’agit d’une odeur. Et que par nature, elle est impalpable. Difficile donc de lui attribuer un qualificatif qui concerne le toucher.

Puis, toujours discutant, nous en arrivons au « bouquet ». Pour moi, c’est un mot qu’on utilise pour parler des arômes de vieillissement d’un vin (bouquet secondaire puis tertiaire), pour Manu il ne peut s’agir de bouquet que pour les vins vieux (tertiaire).

Je vérifie donc, cherche, fouille et … aucun de nous n’a tort: selon les sources, ma version ou la sienne se retrouvent.

Super: si même sur des mots hyper codifiés normalement on n’arrive pas à trouver un consensus, on est mal.

Manu et moi, on ne parle pas pareil de vin: lui décrira « une forte présence de brett » quand moi j’emploierai plutôt « des odeurs de cuisses de vieille femme pas lavée depuis deux jours ». On parle pourtant de la même odeur: différence d’école.

C’est là où j’élargis non pas le pénis – je ne suis pas un spam- mais la réflexion: qu’est-ce qu’il faut adopter comme vocabulaire pour décrire un vin, en étant précis mais en se faisant comprendre?

D’autant plus que le vin c’est toujours un peu pareil: une fois que tu as épuisé toutes les nuances de blanc/ jaune ou de rouge t’as plus grand chose à dire de la couleur. Les fruits blabla, des épices par-ci, des végétaux par là, de la structure tannique. Quand t’écris des commentaires à la chaîne, ça devient vite d’un chiant…

Du coup, tu brodes. Avec plus ou moins d’inventivité, de talent et d’à-propos. Dirty job.

On oublie à mon sens quelque chose d’essentiel: le tout n’est pas d’aligner des mots pour faire joli – ou se faire plaisir à soi égoïstement- c’est de donner des infos à un public donné. Et que c’est en fonction de lui qu’il faut penser.

Si je parle à des pros, « tertiaire » est un mot qui leur évoque des choses. Si je parle à un débutant, il ne va rien oser me dire mais il n’aura pas pigé.

« Z’ont qu’à apprendre le vocabulaire, aussi ».

Vous apprenez la mécanique avant d’aller porter votre voiture au garage vous?

Bon, ok, c’est un peu facile là: disons qu’une bonne fois pour toutes, admettons que les codes et le vocabulaire qui appartiennent au vin relèvent aussi d’un certain snobisme, et que c’est à nous –  ceux qui savent – de donner envie aux gens de boire du vin. Une fois qu’ils auront aimé ça, ils deviendront curieux de tout ce qui est technique et vocabulaire. Ou pas. Au fond, est-ce si grave si 65 % des gens ignorent des termes compliqués, sur lesquels même des pros ne sont pas ok (on reparle de la  définition de la minéralité, ou bien?).

En poussant le raisonnement à l’extrême: le monde du vin serait bien plus simple si on ne les décrivait qu’avec ces trois commentaires à l’exclusion de tout autre.

– Mais c’est de la pisse d’âne bordel

– Ça casse pas 3 pattes à un canard

-Je m’en tape le cul par terre de bonheur

Et là on va me dire: « mais ce n’est pas un jugement technique, ça. C’est une impression subjective. C’est pas un boulot de dégustateur ».

dovaz

Texte de Dovaz déniché sur le FB de Dany Rolland

Vachement interpellant, non?

Et si notre rôle, à nous qui goûtons, et parlons de vin, c’était juste de vous donner envie? Si – en assumant totalement le fait qu’on aie nos propres goûts – on était juste là pour retranscrire? Oui, on décrit mais notre façon de décrire est déjà en soi un avis, et il faut qu’ils soient lisibles: condition un, maitriser la langue, condition deux la mettre au service d’un commentaire clair et sans équivoque, et accessible à tous.

C’est vachement plus compliqué que de se contenter de faire un simple inventaire de saveurs et d’odeurs, en mode automatique: il faut aller fouiller plus loin, jusque dans les tripes. Pourquoi celui-ci nous fait bander, pourquoi celui-là nous emmerde?

Je m’étais déjà marrée à écrire ce texte, en forçant à donf le trait:

« Wesh! Le quetru, c’est d’la balle, ça nique  sa reum facile. Comment que c’est trop de la bebom de fruits, vanille, genre épicé, chanmé. Ce serait une gonze tu lui pètes le boule direct.

Palsembleu! Cette bouteille est très attrayante, elle impressionnerait même ma mère: c’est dire! Très riche en fruit, avec des notes de vanille et d’épices, gourmande. Si cette bouteille était personnifiée par une jeune femme, il est évident qu’elle bénéficierait d’une cour assidue. »

Lire la suite ici.

Bref: redescendons sur terre. On parle juste de pinard: le décrire clairement, sans tomber dans l’automatisme ennuyeux, essayer d’exprimer sincèrement ce qu’on en a pensé, sans esbroufe, en restant accessible, c’est tellement mille fois plus cool.

Et plutôt que de jouer les pleureuses sur tous ces gens qui ne boivent pas de (bon) vin, on aurait enfin des raisons de se réjouir de ceux qui y viennent. Parce qu’on les a décomplexés et qu’on leur a donné envie de kiffer. Sans doute.

 

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