Vins du futur?

barouilletJe me pose beaucoup de questions. Beaucoup trop, eu égard à mon rapport sommeil-activité, pour lequel le premier est largement en déficit.

Parmi celles-ci, en revient une: quelle sera la gueule du vin du futur?

Imaginons – projetons nous un peu – dans vingt ans, que boirons-nous?

Comment vont évoluer nos goûts, nos habitudes, nos envies?

Cette année  on nous a ressorti le vin bleu (ben oui, ça existait déjà, dans les Vosges, de mémoire, et sans doute bien plus naturel que cette version espagnole à la mode. )

Les magazines ont re-découvert le vin Hello Kitty (une resucée de 2008, 2010, 2013 et 2014 pour qui est un peu curieux et sait utiliser google).

De l’autre côté de la planète, on nous promet le vin au cannabis. Vert, pour la bonne conscience?

Nouveauté, nouveauté, il faut sans cesse de la nouveauté: il faut disrupter le marché de la communication digitale pour que les millenials soient in touch avec la communauté des winelovers. Vous n’avez rien compris à cette phrase? C’est normal, vous ne devez pas fréquenter les bons (vino)camps.

Le vin est devenu pour certains un pur objet de marketing, raconté, trituré, pour satisfaire les marchés. Il faut communiquer.

Il faut trouver un concept, une vision, un vocabulaire.

Pourtant, le vin, c’est con comme une bite (et je dis ça avec beaucoup de respect pour ces dernières).

C’est du raisin, transformé en alcool par la grâce des levures.

Du jus fermenté. Et pas : « une eau qui a été minéralisée par le terroir et essentialisée par le vigneron. » Je cherche encore le sens de cette phrase.  Peut-être devrais-je planter du chanvre et le fumer pour comprendre?

On est à un point de rupture: on a toutes les compétences oenologiques et scientifiques ou presque dans les mains. On a des processus complexes pour faire du vin « sur-mesure ». On peut pasteuriser des vins « sans sulfites » pour créer des vins faussement nature.l.s pour la grande distribution. On peut faire des flash détente pour gagner du temps et rentabiliser des vins à forte production. On peut des tas de choses (et toutes ne sont pas « mauvaises », qu’on ne me fasse pas dire que les progrès de l’oenologie sont à rejeter).

Ou on peut revenir à des choses plus simples, plus proches, …

Le boum des vins nature.l.s ne vient pas de nulle part: il part strictement de là. Ce n’est pas un refus de la science, c’est une prise de conscience de la possible standardisation qui en découle si on en abuse. Et ce qui est amusant à observer, c’est que même pour les « défenseurs » du vin nature.l, c’est la com qui prime. Souvent maladroite, parfois trop enflammée, manichéenne.

Il faut communiquer. Sur ce qu’on fait, ce qu’on ne fait pas, ce que les autres font, ne font pas (en revanche, sans donner de noms, parce que ma bonne dame il se pourrait que quelqu’un un jour aie l’idée de vérifier nos propos, et là…).

« Bah, y en a des, des natures, qui achètent des raisins chimiques et qui disent rien ».

« Moi j’en connais hein, qui font des vins sans sulfites et qui sont même pas bio ».

Règne des petites phrases (et soyons honnêtes, dans tous les camps) des « y en a qui » … Mais alors, si vous avez des infos, donnez-les. Donnez-les noms. Dites qui n’a pas les bonnes pratiques: histoire que les personnes en question puissent se défendre, le cas échéant, ou au moins argumenter,  qu’il y ait VRAIMENT du ménage s’il le faut. Parce qu’au final, les rumeurs, les on dit, c’est de la basse démago, ça fait plaisir à ceux qui aiment se faire frissonner de grandes /vraies/ fausses révélations, ça sert le camp des défaitistes/ pessimistes/ biosceptiques qui entendent « t’as vu y en a qui trichent » et rien d’autre, mais concrètement, ça ne fait avancer rien du tout, et ne fait grandir personne.

Plus j’en lis, plus j’ai envie de boire.

Hier fatiguée d’une énième discussion sur la récupération des vins nature.l.s par la GD, j’indiquais préférer  épouiller un yack sauvage et atteint de parkinson.
Avec les dents.

Parce que oui, on n’y échappera pas. Tout mouvement – pour peu qu’il puisse générer des bénéfices – tend à être un jour ou l’autre récupéré, vidé de sa substance, édulcoré.

En soi, cette récup’ est un signe des temps, plutôt positif. Pour néfaste qu’elle soit – puisqu’elle peut embrouiller le consommateur – elle signe aussi l’extrême attrait pour des vins moins « trafiqués ».

Après, il restera à ses aficionados, à ses vignerons les plus sincères, à faire le boulot. Continuer, ne rien lâcher, exister en dehors du moule.

Expliquer que la dose de sulfites ne fait pas tout, que c’est l’arbre qui cache la forêt.

Cela permettrait déjà aux industriels de ne plus utiliser l’argument du sans soufre pour se réclamer du nature (tout en stérilisant les vins, contresens absolu à la notion de vin vivant).

Il faut revenir au départ, à la vigne, au raisin. Sans délaisser la science, on a le droit de réfléchir autrement, de penser autrement l’agriculture, les productions qui en découlent.

Les vins du futur, j’espère pour la planète qu’ils auront le courage d’être bio. Peut-être qu’ils seront issus de ces cépages « résistants » qui se développent, ou peut-être pas. Peut-être assisterons-nous à des changements d’encépagement dans les régions.

Peut-être que nos repères actuels seront balayés.

Peut-être qu’on arrivera enfin à légiférer sur le vin nature.l. Sans doute – si c’est le cas – que cela ne satisfera pas tout le monde, comme certains considèrent aujourd’hui que les différents labels bios ne sont pas assez contraignants.

Il y aura toujours des mécontents. Mais j’espère, moi, tout au fond, que l’on continuera à prendre son pied en buvant du vin, qu’on continuera à avoir des émotions, le cœur qui chavire et des images plein la tête. Parce que finalement, une fois les choses posées à plat, la seule chose sur laquelle il faudrait communiquer à outrance, c’est exactement celle-la.

 

 

 

 

 

 

 

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Une réflexion sur “Vins du futur?

  1. J’espère que les vins du futur ressembleront à ceux de René Sinard (et de son épouse Renée).
    Pas nature, pas bio en tout cas sur papier. Juste de bons jus accessibles jeunes et qui, de façon surprenante, pouvaient vieillir harmonieusement. J’ai conservé la syrah 89 et le Valréas 90 plus de 10 ans (en magnum) avant de les déguster. Pour Monsieur Sinard cela semblait tellement simple de faire du bon vin que je me demande pourquoi cela semble si compliqué pour d’autres. Même ses 1991, millésime réputé difficile dans le sud de la vallée du Rhône, étaient délicieux. Quand j’ai lu l’article de Sandrine, les vins de René et de son domaine des Grands Devers me sont revenus immédiatement à l’esprit, parce qu’ils sont inoubliables, intemporels.

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