Du toucher 

C’est dimanche, soyons épidermiques et sensuels, voulez-vous?

On a coutume de stigmatiser les buveurs d’étiquettes: en disant cela, on pense prioritairement aux buveurs de bordeaux-grands-crus, tout carillon carillonnant, et voiles dehors. Pour remettre un peu l’église au milieu du village, il en est qui poussent des oh et des ah à la vue d’autres étiquettes, se précipitant tels des lemmings sur telle ou telle censée légendaire, voire sur-naturelle. Know what I mean?

Du coup, pour les buveurs intelligents, et les buveuses sagaces, l’adage « in vino veritas » semble être la seule voie.

Sauf que…

L’étiquette, c’est aussi une partie du plaisir du vin. C’est comprendre, bien avant d’avoir eu le pinard dans le pif, bien avant d’avoir eu la papille tourneboulée par cette goutte noire qui roule sur la langue, par cette explosion de fruit blanc,  ce que le vin a comme ambition.

C’est déjà entrevoir un peu de ce qui nous attend, l’impatience encore jugulée. C’est bien avant de jouir le premier pas, l’allumage. Le kick.

C’est imaginer. Quitte à être déçu.e.

C’est fantasmer. Quitte à être comblé.e.

Des étiquettes de toutes sortes, cheaps ou choc pour des vins multiples.

Des timides, des provocateurs, des classiques, des prétentieux, des joyeux, des mortels, des vivants… Autant de possibilités que de choix de typo, d’illustration, de nom.

Qui figurera en plus grand? L’homme ou le terroir, la femme de ou la femme tout court?

«La sensualité se niche dans la bouteille», je lisais cette phrase tout à l’heure. Et je n’ai pu m’empêcher de sourire. Ce matin, je prenais les poussières, et ma main, pour vérifier le boulot, s’est attardée sur les bouteilles. Sur les étiquettes. Un jeu de textures: nervurées, lisses, rugueuses, rêches, satinées, velours… j’ai fermé les yeux. Recommencé. Voir si à l’aveugle je pourrais choisir. Juste au toucher. Et sourire en ouvrant les yeux: mes doigts avaient lu, et élu sans le voir un vin que j’adore, cette syrah du nord, profonde, élégante, velours.

Alors, oui, quand on parle de vin, on évoque souvent les sens. Le goût. La vue. L’odorat. Mais le toucher… ce premier contact, cette première promesse, c’est déjà un plaisir en soi, non?

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2 réflexions sur “Du toucher 

  1. Ce n’est évidemment pas moi qui vais te contredire. Ton article me permet d’ailleurs de souligner l’initiative plus qu’utile qu’ont pris certains vignerons d’habiller leurs bouteilles de braille. Alors biensur ce type d’écriture n’est pas particulièrement inspirante puisqu’elle est uniforme, il n’y a pas d’effet de style, mais ça me fait gagner un temps fou! Je considère le vin comme une sorte de médicaments, je revendique donc l’obligation de les labéliser tous en braille! 😉
    Sinon c’est clair, la forme, le poids de la bouteilles, la profondeur de son cul (pardon!), et les divers reliefs sur les étiquettes donnent des indices, des repères, qui seront confirmés ou non à la dégustation, mais ça fait totalement partie de l’expérience chez moi. Et quand j’en commande une caisse panachée en ligne, je passe pas mal de temps à les découvrir une à une tactilement avant de les héberger dans les racks en tentant d’imaginer qui est quoi avant de recevoir une aide extérieure.

  2. Merci à Vous des plus profonds pour ce très bel article.

    Cette phrase, «La sensualité se niche dans la bouteille», est très belle. Néanmoins, la sensualité pourrait-elle être exhaustive en allant de la présentation jusqu’à la fin de la dégustation en passant par le recueillement des impressions de dégustations ?

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