Tempus fugit (appelons un plombier)

J’en vois qui fêtent leurs trente ans alors que je m’achemine vers les quarante. Bon, j’exagère peut-être (à peine) mais je soufflerai trente-six bougies, prions pas des chandelles, dans deux mois. Et soyons clairs, pragmatiques et sérieux: trente-six, ça se rapproche dangereusement de quarante: on voit tous vers où glisse la pente. Je n’ai jamais vraiment aimé les anniversaires. Déjà, gamine: il me semblait qu’à chaque âge correspondait des objectifs, des buts, que je n’étais pas sûre de pouvoir (vouloir?) atteindre. On faisait une montagne des 10 ans, premier passage dans les âges à deux chiffres. Puis des 15, enfin des 18. Alors qu’honnêtement qu’est-ce qui changeait par rapport au jour d’avant? Comme si, pouf, d’un coup d’un seul, par la magie de l’aiguille qui passe de minuit à minuit une, on était propulsés dans un monde de responsabilités nouvelles, de pressions (pas les bières, las) supplémentaires et de choses à accomplir. Si on y pense deux secondes, c’est pareil que les dates de péremption: qu’est-ce qui différencie le yaourt mangé à minuit ou à minuit une, hein?

J’ai détesté mes dix ans, j’ai du – sûrement – passer mes quinze autour d’un obscur jeu de rôle, et mes dix-huit n’ont été qu’un passage comme un autre. Je ne vous parle pas même pas de mes trente ans: je n’en ai aucun souvenir.

Mais là, vieillir n’entrait pas en ligne de compte. Je grandissais. Je mûrissais. Désormais, c’est autre chose qui se joue.

Je ne suis plus jeune (ou alors pour les vieux), et ne suis pas vieille non plus (si, pour les jeunes).

Le cul entre deux chaises. L’âge de la maturité, parait. Le meilleur, qu’ils disent. Il est d’ailleurs amusant de constater que c’est typiquement une phrase de gens qui l’ont largement dépassé, cet âge: est-ce du regret, ou l’arthrose, va savoir.  Je ne dois plus m’étonner qu’on me dise des trucs comme « Tu pourrais être ma maman » (petit con, va). Cette jeunesse à laquelle j’appartenais encore il n’y a pas si longtemps m’échappe: je n’en ai subitement plus les codes, le vocabulaire. Et il est assez pathétique de vouloir faire illusion.

Ça me va plutôt bien, même si je râle un peu, c’est même dans l’ordre des choses: je suis admirative de tout ce que « ces petits jeunes » qui débarquent arrivent à faire (et que j’aurais été bien incapable de tenter à leur âge).

Prenons Romuald, 22 piges à son premier millésime. Le gars a un culot monstre: sortir comme ça des vins, à Duras, et en plus bons! Purée. Quelle insolence. * Ok, il a bossé au château Barouillet, il ne sort pas de nulle part mais tout de même!

Ou Lori, 23 ans. Même impudence: un blanc de toute beauté, un rosé le p’tit Louis « du prénom de mon petit frère de deux ans », et un rouge « Les lauzes blanches » d’une maturité, d’une finesse… à faire plisser le front des vieilles comme moi qui se disent « Mais s’il fait déjà des jus comme ça à vingt piges, il fera quoi dans dix ans? **

Bref, suivez ces loustics. Il se pourrait bien que ces tronches-là, mesdames messieurs soient les chouchous des amateurs de vin dans pas loin.

Quant à moi, et à mon âge canonique…

 

C’est très con, les anniversaires. Remplaçons ça par une « fête annuelle du fromage et du pinard ».

On ne comprend pas plus la vie à quarante ans qu’à vingt, mais on le sait, et on l’avoue. C’est ça la jeunesse. ***

 

 * L’ambitio, sur Duras, produit deux blanc, deux rouges, un rosé et un pet’ nat’. On espère qu’il arrivera à produire quelque chose en 2017, vu les aléas climatiques

** Le petit Oratoire en Rhône produit un blanc, deux rosés, et deux rouges. C’est vraiment une tête et un nom à retenir.

 *** Jules Renard

Retrouvez 3 minutes au pif sur podCloud

 

 

 

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2 réflexions sur “Tempus fugit (appelons un plombier)

  1. Toujours très sympa comme article, ça donne envie de rire, mais aussi de découv’rire. Ca donne envie d’aller voir ces deux vignerons !

    Il manquerait juste la charcuterie pour la fête annuelle, et je valide 🙂

    Signé Adrien, un mec pile entre les deux âges.

  2. Merci pour ce partage.

    « C’est très con, les anniversaires. Remplaçons ça par une « fête annuelle du fromage et du pinard ». », dites-vous…

    Oh, mais ça, c’est un peu toute l’année! 😉 Alors bonne fête du fromage et du pinard!

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