Le mot de la faim

 

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Elle a faim, la petiote

Faut-il avoir faim pour se nourrir? Au sens littéral, oui. La papille énervée, excitée, les microscopiques corpuscules aux aguets, l’estomac dans les talons (de douze) permettent sans doute de vivre différemment l’expérience … Ce n’est pas une simple fonction de survie que nous remplissons en mangeant, c’est aussi – et c’est probablement là qu’est toute notre complexité – un acte de plaisir, partagé ou non. Avoir faim, c’est attendre d’être comblé.e. C’est d’abord saliver, le corps penché, sur l’assiette. Admirer le jeu des couleurs, l’harmonie, comprendre – ou essayer du moins – ce que le ou la chef.fe a tenté de nous communiquer. Puis sentir, humer… Toujours dans la même optique:  désirer.

Et enfin… les textures. Le fondant, le craquant, le dur, le doux, le moelleux, le tendre. Les saveurs: l’acide, le salé, l’épice, l’amer, le sucre. L’assemblage – réussi ou non – de toutes ces notes, ensemble.

(Se) nourrir est un acte d’amour, on le dit souvent. Sans doute pour cela que l’on associe la cuisine familiale aux mères: ce sont elles, qui après la becquée, concoctent, mitonnent, préparent, réchauffent. La cuisine, affaire de femmes? A lire l’excellent premier essai (transformé) de Nora Bouazzouni, on comprend que c’est bien plus compliqué que ça.

On perçoit à quel point elle nous a été confisquée, reléguée aux affaires internes, à la popote quotidienne, comment même la grande cuisine est un instrument de plus de domination des femmes. Connaissez-vous beaucoup de femmes cheffes? Allez, comptons… Trois? Quatre? Sept? La faute à la maternité? Au manque de courage ou d’entreprise féminin? Hum.

Pourquoi est-ce qu’alors mêmes qu’elles existent, travaillent, restent-elles invisibles, relativement peu récompensées par les critiques et les guides? Quant bien même elles sont étoilées, elles restent dans l’ombre.

L’autrice – j’utilise ce mot à dessein, plutôt qu’auteure, là encore on notera une histoire moche de spoliation envers les femmes –  se balade entre néolithique et aujourd’hui, dans nos sociétés contemporaines ici en Europe et ailleurs, pour s’interroger sur le pourquoi de cette domination masculine dans la bouffe.

Pourquoi les rares femmes qui sont sous les feux des projecteurs s’attirent immanquablement des réflexions genrées. Et vous, ça vous évoque quoi la cuisine féminine?

Le livre traite aussi du  pourquoi distinguer des female chefs, des lady chefs, sorte de pis-aller aux concours de « chef tout court ».

Des femmes qui ont faim: beaucoup restent sous-alimentées, la faute au genre là encore, à la propension à mieux nourrir les petits garçons.

On y trouvera aussi une réflexion intéressante sur le végétarisme, mettant en parallèle l’exploitation des animaux… et celle des femmes.

Je n’en dévoilerai pas plus, histoire que vous ayez l’eau à la bouche, avant de le dévorer. Je vous avait pas dit qu’il fallait avoir faim pour se nourrir?

Soyez faiministes, il en résultera bien quelque chose: ce livre, bien qu’il dépeigne une réalité crue pas si cool, est aussi un message positif pour le futur.

Revenons à des sustentations moins intellectuelles: quoique 🙂

Les très belles assiettes qui illustrent ce billet viennent du Cor de Chasse, établissement situé à Wéris (si vous ne connaissez pas, réparez vite cette erreur grossière).

 

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Outre une cuisine assez fantastique, le choix des vins est plutôt pas mal: après une macération savoyarde (ah la la Péron, c’est bon), un Jambon plutôt méconnaissable servi à l’aveugle: si la couleur nous faisait partir en beaujo l’extrême maturité nous a bien perturbé. Ajoutez à ça un nez un peu vernis, et une volatile qui faisait cot-cot… Déstabilisant. Mais buvable. Va comprendre. Grosse claque avec le macvin, qui avait clairement besoin d’air: carafez, bonnes gens, n’hésitez jamais! Et pour terminer, un petit tour en Serbie (la Géorgie serait déjà has-been? ), avec un très surprenant blanc, qui nous a bien remis d’aplomb.

Puisqu’il fallait bien un mot de la fin, on le laissera à ce boucher belge.

 

Faiminisme, Nora Bouazzouni, édition Nouriturfu, 14€, sortie le 1/09/2017

Le Cor de Chasse Rue des Combattants 16, 6940 Wéris Téléphone : 086 21 14 98

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2 réflexions sur “Le mot de la faim

  1. Magnifique Article, j’aime beaucoup votre style d’écriture et le contenu, et comme celui ci traite, de manger, et déguster, j’avais envie d’y mettre mon grain de sel …..
    Je vous souhaite une merveilleuse journée Sand….

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