T’as le doute Coco

Il y a quelques jours je répondais à un journaliste préparant un dossier sur les femmes et le vin, et nous avons abordé un tas de sujets, c’était plutôt très chouette. Je me réjouis de voir le résultat.

Il y en a pourtant un  qu’on n’a pas abordé, et je le regrette un peu. Il touche à l’intime, c’est vrai, c’est peut-être délicat de l’évoquer, mais je pense qu’il peut faire écho à ce que vivent d’autres.

La confiance en soi. Avoir confiance en soi, ce n’est pas – toujours – gagné. A fortiori quand on sait qu’on doit se montrer sûre de soi, ultra-compétente, compétitrice même. Parce que nous sommes des femmes « dans un monde d’hommes » ( Que je déteste cette expression. Comme je déteste aussi le fait qu’on nous renvoie à un statut de « minorité ». On représente la moitié de l’humanité, bordel! ). Nous demande-t-on vraiment de faire plus nos preuves ou est-ce que nous nous l’imposons, dans le but de faire jeu égal avec les hommes? Aucune idée. Un peu des deux? Sans doute que oui.

A force d’entendre une somme de petites phrases comme ah mais vous êtes une fille? avec ce -ah qui traîne et en dit long lorsque l’on se présente en stage,  appelez-moi quelqu’un qui s’y connaît ou autres merci madame la secrétaire, mais votre patron est là? j’imagine que cela doit saper pas mal de l’estime que l’on peut se porter. Que – pour ne pas avoir l’air faible, faillible – l’on serre les dents et que l’on avance, nez dans le guidon, en refusant de se laisser avoir, en faisant des obstacles des tous petits machins ridicules qu’on écrabouillera d’autant mieux si l’on se comporte en « homme ».

Et c’est de ce tiraillement que naît le syndrome de l’imposture.

J’ai mis très longtemps à écrire sur le vin: j’écrivais, oui, mais sur d’autres sujets. Je ne me sentais pas assez légitime, assez compétente, assez infaillible pour le faire. C’est tout à fait bête: personne ne l’est vraiment. On possède toutes et tous des lacunes, il est des domaines où on est moins à l’aise et c’est normal. Une vie est faite d’apprentissages, des premiers pas aux premiers mots, puis de toutes sortes de leçons, jusqu’à expirer son dernier souffle.

Et puis je me suis lancée: avec une appréhension forte, totale, viscérale. Celle de dire – plutôt d’écrire – des conneries. Des choses imprécises. J’ai commencé à vérifier tout deux fois, puis trois, puis quatre. A ne pas oser écrire sur certains sujets, voire certaines phrases, de peur qu’on me pose une question à laquelle je ne sache pas répondre.

Cela n’a rien empêché: je me suis trompée, j’ai écrit des bêtises par enthousiasme, par survol trop superficiel d’un sujet. Et à chaque fois, je m’effondrais. Grosse crise de doutes sur mes capacités, ma façon d’écrire, de raconter, de goûter, de retranscrire.

Cela fait des années que je baigne dans le vin (oui, j’ai la peau douce): des années que j’écoute, j’interroge, je lis, je goûte, je visite… Pas assez à mon goût, mais je fais avec ce que je suis en capacité de faire.  Et pourtant, tout au fond, j’ai encore la peur irrépressible de ne pas être tout à fait à la hauteur. Oh, bien sûr, c’est de moins en moins souvent: j’ai d’ailleurs de ces petits moments de victoire, quand en face d’un œnologue buté que m’affirme que je me trompe je peux répondre avec un calme olympien  non je ne me trompe pas!  sans chercher à argumenter, car il n’y en a pas besoin, je suis sûre de moi. Mais encore, souvent, j’ai des doutes: ils viennent peut-être de mon caractère, intrinsèquement intranquille. Peut-être aussi du fait d’être une femme et du fait de toujours avoir du/ avoir eu la sensation qu’il était nécessaire de batailler plus que les confrères, faire ses preuves, argumenter mieux, montrer qu’on est à sa place et qu’on ne l’a pas usurpée.

Tout ceci nécessite un peu d’introspection, et puis, c’est aussi avouer une faiblesse, celle de ne pas se sentir toujours au top, ou conforme à l’image qu’on attend de vous. Je crois, pour ma part qu’on a tellement remis en cause ma parole les premières années où j’ai travaillé parce que j’étais une jeune femme, que ça a forcément formaté quelque chose à ce niveau-là. Oui mais voilà je vais sur trente-six ans: j’ai écrit plusieurs bouquins (pas des Goncourt, on est d’accord mais qui ont nécessité de ma part beaucoup de boulot, d’application et d’implication), je collabore avec des magazines et des journaux, je me suis imposée à l’endroit où je travaille, je me bouge tant que je peux pour faire exploser les lignes (Cf Women do wine)… Mais malgré tout, les réussites, les félicitations, la confiance des autres, j’en suis toujours à ne pas me faire totalement confiance moi-même.

C’est quand qu’on cesse de douter de soi?

(et je vous dis pas tout ça parce que mon bébé-bouquin sort dans une semaine et que je suis flippée comme jamais hein).

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5 réflexions sur “T’as le doute Coco

  1. Le jour où j’ai cessé de douter de moi ? Je voulais faire faire un portail en fer qui présentait un problème technique. Sur place, j’expliquais à l’artisan mon désir en insistant parce que je savais que c’était possible. La solution une fois trouvée, j’ai voulu passer commande. « Je veux voir votre mari ». ??. « Oui, je ne traite qu’avec les hommes ». J’ai contenu ma colère en lui expliquant que mon mari n’y comprenait rien, que l’on avait confiance en moi dans mon travail, et que de toutes façons c’est moi qui signerai le devis et règlerait la facture. J’ai vu cet homme, relativement jeune, se décomposer. Il n’avait plus d’argument, il perdait un peu de confiance en lui, et j’ai été quant à moi définitivement débarrassée de tout complexe.

    Et si l’on arrêtait, sauf en riant, de parler de « vin de femmes » ?

  2. J’aime beaucoup ta façon d’écrire… c’est sincère et cela reflète ta personnalité . Le petit doute est positif car il évite qu’on devienne des gens pétri de certitudes… j’ai hâte de découvrir ton nouveau bouquin 💜

  3. J’avais une collègue ingénieur, 10 ans d’expérience dans le même sous domaine de l’informatique embarqué. Il doutait d’être capable d’être chef de projet d’une telle fonction…

  4. Le doute c’est sain. Le jour où tu n’as plus de doutes, tu peux commencer à t’inquiéter. Tu sais que je crois en Dieu ma chérie, mais ma foi est pétrie de doutes, elle ne peut être que dans le doute sinon c’est de la croyance. La croyance c’est dangereux.
    Toi, ma « fille » tu la connais pourtant cette phrase que j’adore : « La certitude obéit même à une définition négative : c’est ce qui n’est pas discutable. Mais l’être humain est un être social, qui ne cherche qu’à discuter. Par conséquent vivre assuré de ce qu’on est, et figé dans ce qu’on pense, c’est vivre en inhumain » (Laurent Nunez dans le Magazine Littéraire »).
    Continue à douter et tu continueras à avancer.
    T’embrasse

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