De la vigne aux platines: bon cru

D’abord, il y a une question: est-ce que le vin et le rock ont vraiment des choses en commun?  Oh, bien sûr, si on s’en réfère à la façon dont on écoutait du rock, ados, tribus de cheveux sales, de mascara qui coule, des voix qui muent et de « mes parents sont tous des gros réacs », non, pas une seconde. J’avoue: j’ai eu une adolescence très rock. En chansons. Du gros son lourd et bien sale, du grunge, du glam’rock, des guitares et des riffs à n’en plus finir, seule ou en groupe. C’est la bière qui nous maintenait, épaules contre épaules, enragés contre à peu près tout. On écoutait du rock par opposition à celles et ceux qui se gavaient de boys band et de pop mièvre: on déterrait les vieux vinyles de Meat Loaf, Murray Head, Led Zep, Bowie, Queen, et c’était bon, de se salir en bande. Si à l’époque nous était venue l’idée saugrenue de tenter le pif, c’eut été sans nul doute avec quelque immonde picrate, gros rouge de bas de rayon (à cette aimable époque, le rosé pamp’ ne garnissait pas encore les linéaires, mes enfants).

Puis, l’âge venant, on a appris à écouter moins fort, à se pencher sur les textes, à disséquer les notes, puis non, laisser tomber et se laisser porter. Un peu comme avec le vin: on a d’abord soif de tout, de tout boire, de tout apprendre, puis on finit par lâcher-prise pour ne plus rechercher que son plaisir esthétique. Plus besoin d’excès, ni d’outrances: la joie profonde est dans le sensuel: un son qui monte, liquide, une gorgée parfaite, limpide.

 

C’est le point de départ de la vigne aux platines, bouquin nouveau venu. Il s’articule en deux parties: la première fait la part belle aux sensations, en offrant 50 textes issus de plumes diverses (auteurs et autrices, chanteurs et chanteuses, architectes, néphrologues, galéristes, artistes…) toutes réunies autour de ce mariage parfois improbable qu’est le vin et le rock. Et on en explore pas mal de facettes: de Cure à Jean-Louis Murat, de Tom Waits à Creedence Clearwater Revival, de Massive Attack à Bashung… des groupes très récents ou bien plus anciens, il y en a vraiment pour tous les goûts. Les vins eux sont à tendance bio, nature, sans dogme ni œillères… et plutôt bien choisis.

Le deal c’est un album/ une quille/ une plume: certain·e·s choisissent la fiction pour raconter cette rencontre, d’autres la poésie, certain·e·s sont plus pragmatiques. Pour être honnête, j’ai été très réceptive à quelques plumes, moins à d’autres mais c’est mon goût singulier.

 

Et je mets les photos à l’envers si je veux

La seconde partie présente les paires: l’album ainsi qu’une histoire du groupe (ou chanteur ou chanteuse), ainsi qu’un court mémo sur le vin. Pour ce que j’en sais, c’est plutôt bien fait (et puis bon, quand on parle de Christophe dans un bouquin rock, on gagne forcément des points).

Vous n’y apprendrez pas grand chose sur le vin mais ce n’est pas le but. L’idée est de vous inviter à ce voyage sensuel que la musique et le vin ensemble promettent. Bel objet à filer aux gens qu’on aime, aux esthètes nostalgiques, ou aux petit·e·s jeunes qui feraient bien de se faire une rock culture au lieu d’écouter Maitre Gims (hinhin), on peut songer aussi à l’offrir au tonton chiant en prévision des agapes réveillonesques: ça lui fera un sujet de conversation beaucoup moins casse-gueule que l’écriture inclusive ou le vin nature, non?

 

De la vigne aux platines, histoires d’accords rock et vin, collectif,

Éditions de l’Epure 22€

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