Never mind the bojo!

*merci Remy, pour le titre

Ha, Novembre, ses premiers brouillards matinaux, son crachin, les trottoirs mouillés dans les villes tentaculaires, et son beaujolais nouveau. Paf !

Le beaujolais nouveau, porté au pinacle par certains, honni par d’autres, ne laisse jamais indifférent. C’est sûr.

C’est la semaine où, accessoirement je souffre -pas toujours en silence- tant le journaliste lambda s’en donne à cœur joie, à coup de micro-trottoir et d’interviews de comptoir à rabâcher des clichés mille fois éculés. On en écrit à son sujet, de kilomètres de commentaires, le plus souvent désagréables.

Vin de merde, production industrielle et formatée, au goût de banane, machin machiné tout juste bon à se rincer la bouche post-sauciflard et qui accélère de façon souveraine le transit quand on est un peu raide du passage.

Cette espèce de dédain, de mépris pour ce no-wine qu’est censé être le beaujolais-nouveau est irritant quand on sait.

Qu’il est aussi cette jolie bombe fruitée, sans prétention. Ce jus qui se siffle à toute vitesse, parce que ça goute bon, sans complexe ni complexité, parce que ce n’est pas ça qu’on lui demande. Le problème du beaujo c’est qu’il rassemble ces deux extrêmes. C’est un peu le Janus du pinard, un pinard à deux faces, l’une attirante, l’autre qu’on a envie de faire disparaitre un bon coup dans la cuvette des chiottes aussitôt apparu. Malheureusement, c’est celle-ci, souvent qui prend le dessus. Les on-dit.

Et on en est là: méprisé, vilipendé, cible des « vrais connaisseurs » (qui parfois feraient mieux d’enlever leurs œillères), le beaujolais-nouveau n’a plus la banane.

Reprenons.

Le beaujolais-nouveau c’est que du marketing: FAUX  (et un peu VRAI)

On a toujours fait, et ce dans toutes les régions, des vins nouveaux, le plus souvent destinés à une consommation rapide et locale, pas forcément vendus. Le beaujolais nouveau n’est donc pas apparu comme par magie : il nait de façon officielle dans les années cinquante, de l’autorisation accordée à certains viticulteurs et sous certaines conditions de vendre un vin d’AOP avant le 15 décembre de l’année de la vendange. Pourquoi? Probablement des histoires de trésorerie,  aussi incroyable que cela paraisse, le vigneron a parfois des besoins triviaux comme se nourrir. La date du troisième jeudi de novembre sera fixée plus tard, dans les années quatre-vingt: là, oui, on peut parler de marketing. Une date unique, c’est créer une attente, un coté festif, rituel. C’est pas si mal, non?

Le beaujolais-nouveau, c’est fait n’importe comment: FAUX

C’est un pinard qu’on fait dans la région du beaujolais, déjà. Bien qu’il existe d’autres vins « primeurs » élaborés dans d’autres régions, ils ne portent pas l’appellation beaujolais. Bah oui. Logique.

Issu de gamay, il est fabriqué selon une méthode particulière dite macération carbonique (à noter: la carbonique, ou semi-carbonique peut servir à élaborer des vins dits classiques)

La carbonique, ou carbo, à ne pas confondre avec le plat de pâtes, c’est assez simple.

On vendange des jolis raisins avec une condition sine qua non: il faut  prendre des grappes entières sans enlever la partie ligneuse qu’on appelle rafle et qui tient les grains tous ensemble, restez groupir.  On les enferme dans une cuve, saturée de CO2. C’est un peu le principe du Loft, ou de n’importe quel jeu de télé-réalité: enfermés dans un milieu confiné, des jeunes fringants plein de vie, ça ne tarde pas à péter. Chez les raisins, ça se traduit non pas par des baffes dans la tronche, mais par une fermentation alcoolique interne des grains -ils sont super vénères- qui finissent par éclater et produire de l’alcool, en bouffant les sucres naturels, un peu comme s’ils rongeaient leur frein, mais de façon productive.

Sous l’action des levures.

Et là, mes petits on touche du doigt l’important.

Le beaujolais-nouveau, ça a toujours le même goût ou bien c’est la banane! FAUX (enfin, des fois un tout petit peu VRAI)

2010, année du cuberdon

2011, année de la banane

2012, année de … 

Cette année, la banane plantain est flatteuse, contrairement à l’année dernière qui était plutôt banane verte.

Commentaire fictif, bien entendu, mais pas loin de ce que vous entendrez/ lirez dans les journaux.

Qu’est-ce donc que ce fameux arôme de banane, dont parlent tant les détracteurs du beaujolais nouveau?

Les pro parlent d’arômes amyliques (à  qui?).

L’amylique c’est ce  côté bonbon anglais, banane, vernis à ongle qui caractérise certains vins jeunes. La composante amylique d’un vin provient de l’acétate d’isoamyle, un ester qui participe à l’expression et à la fraicheur aromatique du vin. Ce composé est libéré naturellement, au cours de la fermentation, notamment celle des vins rouges vinifiés selon le procédé de macération carbonique ou semi-carbonique (tel que le beaujolais). C’est pourquoi, on décèle assez souvent un « gout de banane » dans les beaujolais nouveaux ; sensation qui peut être renforcée par l’utilisation de levures sélectionnées. Source RVF

Ces satanées levures.

Quand on fait du pinard, potentiellement, tout est déjà présent dans et sur le raisin.

Les particules aromatiques et colorantes, le jus, le sucre. Et les levures, qui n’attendent qu’une chose: qu’on les place dans des conditions et un milieu favorable pour faire leur boulot et bouffer du sucre façon Pacman.

Normalement, avec un raisin sain, récolté à bonne maturité, on peut bosser avec les levures naturelles, dites indigènes. Elles sont présentes sur la peau des raisins, mais aussi (et surtout) dans les cuveries et dans les chais. D’après certains vigneron·ne·s les levures représenteraient jusque 60 % de l’identité d’un vin.

Mais vous avez bien lu, il existe un autre type de levures : les « levures sélectionnées ». Qui sont-elles, quels sont leurs réseaux?

La levure sélectionnée est au départ une levure naturelle, prélevée dans son milieu. Elle est ensuite isolée, nettoyée, puis dupliquée et enfin déshydratée et conditionnée en sachets. Elle prend alors le doux nom de LSA, pour levure sèche active. Il ne s’agit pas donc de levure « chimique » (pouvez toujours essayer de faire du vin avec de la levure chimique mais SPOILER: ça ne marchera pas), ou « de synthèse », deux termes qui sous-entendent une non-naturalité des dites levures.

Bobo tête?

Quoi de mieux entre levures naturelles (=indigènes) ou LSA?

Évidemment, en vinification naturelle, (pour faire des vins nature) on a tendance à n’utiliser que les indigènes. Logique, puisque l’idée est d’utiliser le raisin et uniquement lui (à l’exception de dose minimales de sulfites) pour faire du vin.

Les LSA, que l’on catégorise selon leurs actions (il existe des levures dites starter qui aident au départ en fermentation, des levures spécifiques aux prises de mousse, des levures vin blanc, etc) ont l’avantage sur les indigènes de permettre de  mieux contrôler les fermentations, les profils de vin et d’offrir une « sécurité » relative… Mais aussi de donner des goûts « standardisés ». On a beaucoup glosé sur la LSA 71B, qui serait responsable de la fameuse banane, par exemple.  Comme c’est un sujet sur lequel personne ne parvient encore à trancher précisément, soyons prudents. Disons que quand on peut bosser avec les levures indigènes, c’est un bon début pour l’identité (le fameux terroir: conjonction entre sol, plante, milieu bactérien et levurien + main de l’homme/ de la femme).

Le vin se boit et s’apprécie dans une approche globale: choix du cépage et du lieu, travail du vigneron (en bio, ou non), choix de vinification, des levures, adjonction ou non de sulfite, etc etc.

Le beaujolais-nouveau c’est pas du vrai vin: FAUX

C’est une boisson (ouais) alcoolisée (ouais) obtenue par la fermentation du raisin. OH WAIT. C’est donc du vin, obtenu par une technique particulière, et mis en vente plus tôt que les autres, mais c’est bel et bien du pinard. Il n’est pas destiné à la garde, bien qu’étonnamment, certains se conservent parfois très bien. Il faut de tout pour faire un mondovino.  Après, c’est une question de goût perso: on peut très bien défendre la qualité de certains beaujolais, sans pour autant avoir envie d’en boire.  Personne ne peut vous juger pour ça. Mais rappelez-vous: il est des cas d’espèce où il est vachement plus flatteur que des vins produits en vinification traditionnelle. Hé oui. Je persiste et signe: on a droit à la subjectivité gustative (dire j’aime pas) tant qu’on est honnête intellectuellement (reconnaitre qu’un vin est bon).

Ça donne mal à la tête. Pis la chiasse, aussi: FAUX

Pas plus que d’autres productions alcoolisées matraquées aux sulfites et autres joyeusetés. Là, encore, il faut différencier le bon grain de l’ivraie -pour l’ivresse, c’est un autre problème. Privilégier des producteur·trice·s qui font du vin avant de faire du marketing. Si si, ça existe, même en beaujolais. Promis.

Je ne saurai trop conseiller, si on veut vraiment souscrire à la tradition beaujolais nouveau, d’au moins aller chez un·e caviste. Un·e qui sait de quoi on parle, pas un·e qui vendait des frigos avant.

Et si vraiment, vous êtes toujours réfractaires au p’tit nouveau: le beaujolais, c’est aussi les jolis blancs (de chardonnay), les villages, et les crus (morgon, brouilly, saint-amour, juliènas, fleurie, côtes-de-brouilly, moulin-à-vent, etc). C’est une région attachante, remplie de gens bons, qui font de très jolis vins. Découvrez-les toute l’année!

Les bons, ça ne court pas les rues: FAUX

Parce que je t’aime, public,  j’ai demandé à mes potes cavistes, sommelier·e·s ou simples amateur·trice·s une short-list des qu’on peut s’arracher sans vergogne. C’est loin d’être exhaustif, je vous engage d’ailleurs, si le cœur vous en dit, à partager les vôtres en commentaires.

  • Christian Ducroux
  • domaine des Tourniers, l’effrontée de Régis Bourgine
  • gamme Pur (cyril Alonso)
  • domaine Lapalu
  • domaine France Gonzalvès
  • domaine Jacques Etienne
  • domaine Marcel Joubert
  • domaine JP Brun
  • Stephen Durieux de Lacarelle
  • Karim Vionnet
  • Raphael Champier
  • domaine Foillard
  • Guénaël Jambon
  • Georges Descombes
  • Jean Louis Dutraive
  • Julie Balagny
  • domaine Thillardon
  • P-M Chermette
  • chateau des Moriers
  • Michel Guignier
  • domaine Thevenet
  • domaine Métras
  • Sylvère Trichard
  • domaine Pacalet
  • les cotes de la Molière
  • David Large
  • domaine du Grand Pré
  • Julien Sunier

A compléter…

 

Nouveau, ou pas de l’année

De beaujo, y en a jamais trop!

Si tu veux l’aimer

Si à la tête tu veux pas bobo

N’écoute pas Jean-Pierre Pernaut

En bonus: Raisin, l’application du vin naturel a décidé de recenser WORLDWIDE toutes les soirées Beaujolais nouveau naturel (dans LE MONDE ENTIER).  Application dispo sur Androïd et Iphone, gratos.

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Une réflexion sur “Never mind the bojo!

  1. Je compléterais la liste avec Guy Breton (son Morgon vieilles vignes, goûté à Morgon-même, l’été 2016, une tuerie) le domaine Marcel Lapierre + Marie Lapierre (en particulier la « cuvée du chat », avec Chanudet) 🍷🍷

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