En passant… Bordeaux, en primeurs

Ce n’est pas parce que je n’écris plus rien que je n’en pense pas moins.  J’observe le petit monde du vin, et son entre-soi. C’est d’ailleurs bien plus marrant de zieuter sans intervenir: avec du recul, on perçoit mieux les avancées de pion des uns et des autres, les vociférations caricaturales qui ne savent que faire rire, et les positionnements compliqués.  La grande affaire, là, à l’instant d’une bonne majorité de ces pros assemblés, ce sont les primeurs. De Bordeaux, il va sans dire, on ne le précise pas, cela coule tellement de soi *.

Alors ce millésime 2017 à Bordeaux? Plutôt « Exceptionnel », « du siècle », ou « excellent »?** Je rigole mais à peine: depuis quelques temps, cela fourmille. On ne sortira pas les notes trop tôt, puis on les sortira quand même, puisque d’autres le feront, mais on le fera mieux. Qui cela concerne-t-il? Pas grand monde: les investisseurs, peut-être. Les domaines testés, fébriles. On peut comprendre que pour eux, la tension est palpable. Une phalange de journalistes spés. Le grand public? Bof: de toute façon, ce ne sont pas des vins – pour les plus côtés et chers d’entre-eux – qui lui sont destinés.

Le problème de la campagne primeurs  à Bordeaux est que si tu dis que tu t’en fous, ça passe pour du bordeaux bashing. Emets la moindre ombre d’une critique sur Bordeaux et te voilà un·e de ces méchants bordeaux-bashers! (On m’a toujours appris que « qui aime bien châtie bien » mais soit).

Alors que goûter des vins en mars  (mi-mars, contre avril en général les années précédentes) qui sont loin d’être finis, et les noter, c’est peut-être bien ça  le vrai Bordeaux bashing? Parce que cela ne fait qu’offrir à ses détracteur·trice·s du grain à moudre et des raisons de se moquer. Oui, cette auto-célébration suffisante vue de l’extérieur a de quoi faire ricaner. Les chiffres incroyables du nombre de vins dégustés, les statistiques, les prix qui seront annoncés …  Le côté artificiel, dénué d’humanité et de sens paysan. Et puis la qualification du millésime, forcément superlative (il faut bien vendre, mes enfants). Alors, oui, cela ne concerne pas l’intégralité de la production à Bordeaux. Ouf.

Cela pourrait être un problème d’élite, d’une poignée de dégustateur·trice·s (puisqu’après tout, combien de personnes AU MONDE sont capables de déceler en goûtant un vin au mois de mars suivant sa récolte ce qu’il donnera dans 18 mois, 24 mois, peu, très peu). Oui, c’est une vieille tradition: on peut ne pas lui accorder d’importance. On peut rigoler du barnum que ça engendre, et même s’en ficher comme de sa première culotte. Mais finalement, cette hâte sur les primeurs 2017, ça en dit beaucoup sur le monde du vin tel qu’il évolue: une course à la comm’, à celui qui dira plus vite, plus fort. Et c’est fatiguant.

Apprécier un vin dans sa plénitude, lui avoir laissé le temps de s’exprimer, de s’affiner, de s’arrondir… d’avoir poli ses tannins et châtié son langage. Si c’était ça le vrai luxe? Et la façon de retomber en amour de Bordeaux et de ses vins, encore et toujours?

Ça par exemple: ce n’est pas du grand cru, classé même pas. Peu importe: en goûtant ce vin, qui a pris le temps de se faire, on fond pour ses fruits encore charnus, on éprouve sur la langue toute sa douceur veloutée, et on oublie pour dix minutes, trente ou une heure le fracas du monde.

Moi je les aime mûrs, et vous?

*un petit doigt bien informé m’a confié que ça devenait un peu pareil en Champagne, ceci dit, avec la course à la dégustation de vins clairs.

**structuré et tubulaire, c’est un millésime de plombier-zingueur me susurre une plume coquine

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