Prendre du temps…

Je réécoute beaucoup Dire Straits en ce moment. J’utilise à dessein « réécouter », car d’une part je l’ai beaucoup fait (merci la culture musicale familiale, éclectique et foutraque mais qui m’a filé de sacrées bases), de l’autre on ne peut pas juste « entendre » Dire Straits à la radio, par hasard. On ne peut pas, pour la simple et bonne raison que Dire Straits ne passe quasiment plus en radio. Trop longs, les morceaux? Sans doute une question d’époque. Tout doit aller vite, être efficace, formaté, court. Alors tu parles si on a le temps de se fader des solos de guitare. Rentable, droit au but. Lire la suite

Le mot de la faim

 

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Elle a faim, la petiote

Faut-il avoir faim pour se nourrir? Au sens littéral, oui. La papille énervée, excitée, les microscopiques corpuscules aux aguets, l’estomac dans les talons (de douze) permettent sans doute de vivre différemment l’expérience … Ce n’est pas une simple fonction de survie que nous remplissons en mangeant, c’est aussi – et c’est probablement là qu’est toute notre complexité – un acte de plaisir, partagé ou non. Avoir faim, c’est attendre d’être comblé.e. C’est d’abord saliver, le corps penché, sur l’assiette. Admirer le jeu des couleurs, l’harmonie, comprendre – ou essayer du moins – ce que le ou la chef.fe a tenté de nous communiquer. Puis sentir, humer… Toujours dans la même optique:  désirer. Lire la suite

Potion magique

On ne connaît que les choses que l’on apprivoise, dit le renard. Les hommes n’ont plus le temps de rien connaître. Ils achètent des choses toutes faites chez les marchands. Mais comme il n’existe point de marchands d’amis, les hommes n’ont plus d’amis. Si tu veux un ami, apprivoise-moi !

 » Ne serait-ce pas ton Jura préféré ?  » m’a-t-on demandé quand j’ai posté cette photo. Il est vrai qu’entre tous, les vins de Philippe Bornard éveillent en moi quelque chose de spécial. On s’est apprivoisés, mutuellement. C’est avec eux que je suis tombée en amour du poulsard, pardon du ploussard  comme on dit à Pupillin. Lire la suite

Tempus fugit (appelons un plombier)

J’en vois qui fêtent leurs trente ans alors que je m’achemine vers les quarante. Bon, j’exagère peut-être (à peine) mais je soufflerai trente-six bougies, prions pas des chandelles, dans deux mois. Et soyons clairs, pragmatiques et sérieux: trente-six, ça se rapproche dangereusement de quarante: on voit tous vers où glisse la pente. Je n’ai jamais vraiment aimé les anniversaires. Déjà, gamine: il me semblait qu’à chaque âge correspondait des objectifs, des buts, que je n’étais pas sûre de pouvoir (vouloir?) atteindre. On faisait une montagne des 10 ans, premier passage dans les âges à deux chiffres. Puis des 15, enfin des 18. Alors qu’honnêtement qu’est-ce qui changeait par rapport au jour d’avant? Comme si, pouf, d’un coup d’un seul, par la magie de l’aiguille qui passe de minuit à minuit une, on était propulsés dans un monde de responsabilités nouvelles, de pressions (pas les bières, las) supplémentaires et de choses à accomplir. Si on y pense deux secondes, c’est pareil que les dates de péremption: qu’est-ce qui différencie le yaourt mangé à minuit ou à minuit une, hein?

J’ai détesté mes dix ans, j’ai du – sûrement – passer mes quinze autour d’un obscur jeu de rôle, et mes dix-huit n’ont été qu’un passage comme un autre. Je ne vous parle pas même pas de mes trente ans: je n’en ai aucun souvenir.

Mais là, vieillir n’entrait pas en ligne de compte. Je grandissais. Je mûrissais. Désormais, c’est autre chose qui se joue.

Je ne suis plus jeune (ou alors pour les vieux), et ne suis pas vieille non plus (si, pour les jeunes).

Le cul entre deux chaises. L’âge de la maturité, parait. Le meilleur, qu’ils disent. Il est d’ailleurs amusant de constater que c’est typiquement une phrase de gens qui l’ont largement dépassé, cet âge: est-ce du regret, ou l’arthrose, va savoir.  Je ne dois plus m’étonner qu’on me dise des trucs comme « Tu pourrais être ma maman » (petit con, va). Cette jeunesse à laquelle j’appartenais encore il n’y a pas si longtemps m’échappe: je n’en ai subitement plus les codes, le vocabulaire. Et il est assez pathétique de vouloir faire illusion.

Ça me va plutôt bien, même si je râle un peu, c’est même dans l’ordre des choses: je suis admirative de tout ce que « ces petits jeunes » qui débarquent arrivent à faire (et que j’aurais été bien incapable de tenter à leur âge).

Prenons Romuald, 22 piges à son premier millésime. Le gars a un culot monstre: sortir comme ça des vins, à Duras, et en plus bons! Purée. Quelle insolence. * Ok, il a bossé au château Barouillet, il ne sort pas de nulle part mais tout de même!

Ou Lori, 23 ans. Même impudence: un blanc de toute beauté, un rosé le p’tit Louis « du prénom de mon petit frère de deux ans », et un rouge « Les lauzes blanches » d’une maturité, d’une finesse… à faire plisser le front des vieilles comme moi qui se disent « Mais s’il fait déjà des jus comme ça à vingt piges, il fera quoi dans dix ans? **

Bref, suivez ces loustics. Il se pourrait bien que ces tronches-là, mesdames messieurs soient les chouchous des amateurs de vin dans pas loin.

Quant à moi, et à mon âge canonique…

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Proust, et la musique du pif

J’étais une grande lectrice. Petite, je lisais partout: dans mon lit au réveil, en avalant mes céréales, sur la route de l’école (en marchant, oui, combien de fois fus-je tirée, arrachée d’une page par le bruit strident d’un klaxon. Hé ho, c’est qui ce con qui me coupe en plein exploit chevaleresque). Je lisais dans la cour de l’école, à part, isolée sous un arbre ou les fesses calées sur un banc dur. Je lisais tout ce qui me tombait entre les mains. Lectures imposées de l’école, livres de la bibliothèque, où je fouinais, tous les après-midi, à la recherche de n’importe quoi de nouveau et d’excitant, les poche trouvés pour 10 francs sur une brocante, achetés par dix. Les vieux bouquins de ma mère, Hauts de hurle vent et autres classiques cornés. Les Club des 5, puis plus tard les Barbara Cartland et les San Antonio de ma mamie. Puis, il y a eu Marcel. 

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Retrouver le goût du blanc *

Quand on pense « grands vins blancs », certains vous diront de façon quasi automatique « Bourgogne ».

Mais dans le vin, ce qui permet de durer, ce qui empêche d’être blasé, c’est de se dire qu’à chaque affirmation posée, à chaque grande vérité révélée, il faut douter.

Douter. Chercher. S’interroger. Et goûter sans cesse, sans relâche.

Cela ne veut pas dire qu’on ne peut pas avoir un goût, personnel, des convictions: cela sous-entend juste qu’on doit être prêt à les laisser évoluer, s’affiner ou au contraire s’ouvrir à autre chose. Une autre dimension. Lire la suite

Du toucher 

C’est dimanche, soyons épidermiques et sensuels, voulez-vous?

On a coutume de stigmatiser les buveurs d’étiquettes: en disant cela, on pense prioritairement aux buveurs de bordeaux-grands-crus, tout carillon carillonnant, et voiles dehors. Pour remettre un peu l’église au milieu du village, il en est qui poussent des oh et des ah à la vue d’autres étiquettes, se précipitant tels des lemmings sur telle ou telle censée légendaire, voire sur-naturelle. Know what I mean?

Du coup, pour les buveurs intelligents, et les buveuses sagaces, l’adage « in vino veritas » semble être la seule voie. Lire la suite