L’invisible: un docu inratable

« L’essentiel est invisible pour les yeux ». Décidément, on ne se quitte plus Saint-Ex et moi. Trêve de billevesées: cette citation illustre un film-documentaire que j’ai eu la chance de visionner il y a quelques jours, bien calée dans mon canapé.


Écouteurs sur les oreilles, après trois minutes, j’étais happée. Il faut dire que le propos m’intéresse: l’Alsace (je vous ai déjà soûlé avec l’Alsace, ses paysages magnifiques, ses vigneron.ne.s fantastiques, ses vins, ses spätzles, ses fromages, ses gens? Non hein). Mais l’Alsace, seul, c’est un peu court même si c’est long, surtout à pied: le parti pris ici est de parler de ce qui ne se voit pas, et qui fait la magie des vins, cette espèce de vibration, d’émotion, on dit bien comme on veut, qui donne un caractère spécial et tout à fait unique à chaque pinard. Lire la suite

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VDV #86: vins racinaires

ob_302d8f_racinesC’est vendredi, c’est le bordel et c’est aussi « Vendredis du vin ». Chaque mois, il nous est ordonné, nous petit peuple de la blogo, de plancher sur un thème choisi par un président volontaire. Ce mois-ci, c’est le Doc qui s’y colle. Le Doc, comment vous dire? C’est une sorte d’ogre foutu comme un hobbit, le chainon manquant humoristique entre Patrick Sébastien et Kant. Bref, un personnage attachant, énervant, qu’il  critique des restos, ou rende hommage à la bibine.  Son thème est le suivant: les vins racinaires. Wtf, me direz-vous? Lire la suite

En attendant

cropped-1944.jpgC’est pas moi, c’est vous!

Oui, bon, ok, c’est moi ma très grande faute. Un mois, un mois presque complet que je n’avais pas remis les papattes ici. Pas faute de n’avoir rien à dire, ou de ne rien avoir bu d’intéressant: juste pas le temps. Les foutues journées ne faisant toujours que vingt-quatre foutues heures, et mon satané cerveau quémandant ses huit bonnes heures de sommeil…

Ceci dit, vous n’en avez peut-être rien à carrer, et  vous auriez raison. En guise de pardon, un survol de ce qui se goûte bien là, tout de suite maintenant (je préfère vivre de mon vivant, tant qu’à faire).

Une surprise de boite-à-lettres, vin vers lequel je n’aurais pas été spontanément. J’aurais eu tort: sans me surprendre, il a le confort du vieil amant qu’on retrouve, des baisers faciles et des odeurs familières. On repart comblée, gentiment heureuse, avec la fatigue amoureuse qui tombe sur les reins: c’est bien!

barmes

Les vins du Jura, c’est mon Amérique à moi (peut-être qu’elle est trop bien pour moi, et alors?). Quand on vous offre du divin, quand on vous met des étoiles plein les yeux, il ne faut pas craindre le retour du bâton(nage). Ce chardonnay, ample, mignon, titillant la langue et l’intellect, faisant resurgir des goûters chez mamy, la bonne tartine de beurre frais, quelques abricots en guise de garniture, ça vaut tout.

divin

Je ne suis plus jeune fille en fleurs depuis longtemps, pourtant j’irais bien refaire un tour du côté de ce coquin là. Les Acacias, fleurs faussement graciles et entêtantes, à la légère note poivrée, on en cueillerait des brassées. Finalement la jeunesse, c’est très surfait: là, c’est la maturité qui s’exprime. De caractère mais sans l’avoir mauvais, puissant mais maîtrisé, ce n’est pas du cahors, c’est un poème élégant.

cahors

L’effronté fronton est ce joli petit jus qui vous claque dans la bouche, vous retapisse le palais de mûres mûres, et vlan que je te flanque cerises, puis macis, puis un poil de zan pour compléter l’affaire. Moi je suis raide: c’est bon quand ça file droit.

gui

Agitant ses grelots
Elle avança
Et prononça ce mot:
Aldérica!

Presque. Sur un malentendu: comme celui de la contre-étiquette (et mes contre, tu les aimes mes contre?) vraisemblablement mal collée, annonçant pour ce blanc gracieux et sauvage à la fois « carignan et mourvèdre ». Le maccabeu riait sous cape, je m’y suis fait prendre, la victime était si belle, et le crime si gai.

alde

Et on termine avec une belle paire: l’une est fluide, souple, se faufile comme une anguille, violette entre les dents, langue rose à peine dardée, c’est la Fleurie. L’autre, bien campé sur ses deux pieds, solide, joue les maîtres de cérémonie. Trois coups et bam, entrée en scène. Le beaujolais a trouvé de merveilleux acteurs: profitons-en!

poq

VDV #78: Peau(x) !

Et pan! Peau!

C’est le thème VDV de ce mois de septembre.  La, les peaux. De raisin, de zob, de balle, peau de chagrin, peau de lait, d’albâtre ou d’ébène: les expressions et qualificatifs ne manquent pas, et permettent de mêler le vin et les mots.

Parlez-moi donc de ces peaux usées, burinées, des mains, des pieds, du hâle des vigneron(ne)s. De celles de ces baies épaisses ou diaphanes, qui contiendront -peut-être- l’essence du vin. De la peau en vinification?  Des ces vins que vous buvez à fleur-de-peau, de ceux qui vous tannent, de ceux qui vous donnent la peau velours. De ceux qui en sont presque une seconde. Parlez-moi de ces minutes-là, de ce que ça fait à votre peau, juste avant la chair. Mettez-vous dans la peau d’un personnage du vin, pourquoi pas? Osez, écrivez, racontez: vos mues, vos transformations, vos peaux diverses et vivantes. Il n’y a que les morts qui ont tous la même peau, pas vrai Boris?

On peut donc partir dans plusieurs directions, j’en ai pris trois.  Lire la suite

Quand le coeur fait Kumpf

stagiaire

Le vin est avant tout affaire d’apprentissage. On peut parler de la déplorable habitude du sucre des jeunes, on peut regretter leur manque de curiosité parfois, mais est-ce qu’on se pose les bonnes questions? A savoir, n’en sommes nous pas un peu responsables? Pour apprendre, apprendre bien, il faut avoir été mis en confiance et familiarisé, tôt. Ce qu’on connait depuis toujours, même de loin, même superficiellement fait moins peur à explorer une fois qu’on l’a décidé. Le vin, c’est une évolution, de son goût, de ce qu’on est capable d’aimer, de ressentir, de partager. Rien n’est figé jamais, l’éducation se fait au fil rouge, tout le temps.  Lire la suite

Extension du domaine de la soif

houeSoyons polémiques tout de suite: j’aime beaucoup Houellebecq. Pas l’homme que je ne connais pas, mais l’écrivain. J’aime sa façon d’écrire, j’aime l’ordonnance de ses mots, j’aime ses poses, j’aime la façon qu’il a de dépeindre une réalité, la sienne. Je n’y adhère pas, mais c’est le propre d’un auteur: nous emmener dans des endroits où nous pensions ne pas aller, nous hurler dessus un peu, nous bousculer. On ne sort pas de ses romans sans réfléchir. Chaque fois que j’en ouvre un, je sais que je vais tiquer sur certains passages: c’est bien pour ça que je les lis. Ceci mis à part, causons pinard. 

Parfois on cherche, en ouvrant une bouteille de la complexité, à jouir indéfiniment de décrire telle ou telle strate, tel ou tel état, la façon dont le vin va évoluer dans le verre. On est bien content de faire appel à tout un vocabulaire compliqué, codé, bien en place. On prendra du temps à mettre son pif dedans, à laisser ses narines s’emplir de nuances, fruits, épices, fleurs, fumée. En bouche, il sera décortiqué, disséqué, on observera chaque frémissement, on fera rouler chaque goutte entre langue et palais, puis minutieusement on lui donnera vie avec des détails, du verbe et des images. Lire la suite