A bouchon, bouchon et demi 

Svp, garçons cessez de sentir les bouchons. 
Je m’explique. Je sors de table: très bon resto, une cuisine française classique généreuse, et une carte des vins à tomber. Non seulement elle regorge d’anciens millésimes, mais en sus, ils sont vendus à prix tous doux. 
Notre choix se porte donc, après moults hésitations, sur un Clos Milan 2000. 

Le vin arrive à table, dans les mains du (très jeune) sommelier. Celui-ci éprouve quelques difficultés à sortir le bouchon, visiblement un peu abîmé. Rien de grave. C’est plutôt ce qui suit qui m’inquiète. Il respire le bouchon, son sourcil prend une drôle de position circonflexe. Il hume encore: son air passe de dubitatif à franchement tourmenté. Il a grave le seum. 

Propose de goûter… c’est moi qui prends la main, et le verre. Premier nez un peu fermé, un coup d’air et voilà Milan somptueux, du fruit encore mais supplanté par des arômes d’épices, de tabac, de poivre, et une fraicheur de jeune freluquet… 

Je fais signe de servir, le sommelier est interdit: il me demande si je suis certaine, si le vin n’a pas un problème… 
J’aurais été moins sûre de mon coup, le combo bouchon difficile + air bizarre + questions du sommelier m’auraient fait remballer la bouteille. A l’évier!

Sauf que le vin est magnifique. D’une tenue, d’une longueur, d’une tension superbe. Je suis bluffée. 
C’est alors que je tilte. 

Le bouchon. 

Le garçon a senti longuement le bouchon, c’est ça qui l’inquiétait. Je le saisis, le sens: effectivement, le bouchon sent le moisi, c’est dégueulasse. Bouchonné? Que nenni, le vin n’a pas l’ombre d’un soupçon de trace de contamination. Pur, net, rien qui puisse faire hésiter. 
Et c’est là que je comprends: ce jeune sommelier, tout juste frais de l’école, a appris qu’il fallait toujours sentir le bouchon et s’y fier. Personne ne lui a dit, qu’en cas de doute, c’est le vin qu’il faut goûter. 

Si le bouchon sent bizarre, c’est peut être juste l’humidité de la cave. Il peut, tout poreux qu’il est, avoir pompé une odeur désagréable provenant de l’endroit où il était rangé. 

On se serait privés d’un grand moment, car oui, cela m’arrive de plus en plus rarement mais ce vin là, splendide, m’a mis les larmes aux yeux. 

Un plaisir purement sensuel, où l’on se foutrait presque du fait que c’est le premier «sans soufre» d’Henri Milan. Quoi? Oui, sans soufre. Et d’une tenue, nom d’un petit bonhomme…

Ça, c’est pour les gens qui pensent que l’on ne peut pas faire des natures qui tiennent dans le temps: vous avez tort. Correctement stockés, ils en remontrent à pas mal de vins plus bridés. 

Et par pitié, garçons, cessez de sentir les bouchons. D’abord, parce que c’est trompeur, un bouchon. Je sais, on apprend à l’école qu’il faut. C’est bien pour le show, ça fait pro, impliqué. Mais ça ne fait pas tout. Goûtez, sentez, testez, éprouvez le vin. Faites confiance à vos sens. Le vin vous le rendra. 

Sinon, l’anecdote est d’autant plus amusante que sur l’étiquette figurent… des bouchons. Grand souci des années 2000, sans doute exorcisé de cette façon. 

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Bouchons? Et si on serrait la vis ? (2)

Je reprends mon bâton de pèlerin du bouchon et c’est reparti.

Now, ladies and gentlemen, intéressons-nous aux bouchons pour vins effervescents. Pour ceux qui l’ont loupée, la première partie du gros dossier « bouchons » est là. Je ne peux que vous conseiller fortement de la lire.

On l’a lu, pour les vins tranquilles, le choix d’un bouchon a souvent tout du casse-tête. Qu’en est-il pour les effervescents? A quoi les bouche-t-on? Ni à l’émeri, ni à que veux-tu, mais comme pour les vins sans bulles; il existe plusieurs alternatives.

En fait, le gros hips hic qui se pose, c’est la bulle. Pas en tant que telle, mais surtout parce que qui dit bulle dit pression. Pression dit… bouchon qui saute. Lire la suite

Bouchons? Et si on serrait la vis? *

Les bouchons… de Liège

*je ne suis pas responsable de ce titre, elle se reconnaitra.

Le bouchon. Plus exactement les bouchons: un moment que ce billet, suggéré par un aimable lecteur à lunettes est sur le feu. Très longtemps. Parce que je ne savais pas par quel bout le prendre. L’article, pas le lecteur, oh.

Première idée, m’en référer au peu que je sais: les bouchons, on les trouve en liège, en plastique, en aggloméré, en verre, à vis, on peut même boucher à la capsule. Oui, mais pourquoi?

Déjà, parce que si tu ne bouches pas une bouteille, elle fuit. C’est malin. Contrairement à ce que l’on peut penser, l’usage du bouchon de liège n’est pas récent: les premières traces attestées remontent au 5ème siècle avant JC. Les amphores (de petite taille) se bouchaient au liège. Ensuite ça se complique… Le tonneau, qui a tendance  à remplacer l’amphore que ce soit pour la conservation ou le transport, d’une part, et d’autre part l’usage d’une cheville de bois recouverte de tissu font que  le bouchage liège s’essouffle. Après un timide retour au 15ème, avec l’essor de la bouteille en verre « bon marché » pour tous, ce n’est qu’au 18ème qu’il revient en force. D’abord parce qu’il va servir à boucher le champagne et ensuite parce que c’est joli ce petit bruit de bouchon qui fait plop (cette version est moins garantie historiquement mais je l’aime). Bref, un malin dépose un brevet pour le « tire-bouchon » en 1795 (bah oui, c’est pas l’tout de boucher, faut déboucher aussi) et voilà notre gaillard liège prêt à reconquérir les orifices. Lire la suite

S.A.V des quilles bizarres *

*Bizarre, vous avez dit bizarre?

Préambule: J’ai fichu des liens un peu partout. C’est fait exprès, ça renvoie à plein de billets « techniques ». Donc quand un passage parait obscur ou qu’on veut l’approfondi ou comprendre des choses: on clique, MAGIE DE NOWEEEL.

Les fêtes arrivent. Et donc, vous allez- oui même ceux qui ne le font pas trop habituellement- boire du vin. C’est comme ça, c’est la tradition, à Noël on fourre les dindes (heureux volatiles) et on choisit de bonnes bouteilles.

Sauf que.

Parfois, même si l’on a la chance d’avoir une belle et bonne cave bien fournie ou si on  a pris soin d’aller chez un bon caviste (à ce sujet, je vous renvoie à la google map pour les trouver, on y ajoute  mon pote Philippe « Le lieu du vin » )  la bouteille ne correspond pas aux attentes.

A l’évier?

Non, malheureux. D’abord, qu’est-ce qu’elle a au juste la bouteille? Lire la suite

Idealakon #3: ça m’en bouche un coin

Par un truchement que je ne m’explique pas, alors que j’étais tranquillement en train de réfléchir au nombre effarant de fois où la pub sur le cancer colorectal** passe l’après-midi à la télévision, (l’occurrence harcelante de la dite pub sans doute liée à l’âge moyen du téléspectateur de l’après midi, même si je fais mentir la moyenne. A ma décharge, je ne suis jamais devant l’écran à cette heure là en temps normal)  je me suis mise à penser au bouchon.

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