Les portes de la (g)Loire #4

028

Le joli château de Brézé

Suite et fin de ma virée Loire. Il n’est de bonne compagnie qui ne se quitte. Même à regrets. Parce que oui, des gens passionnés j’en ai rencontré un paquet sur peu de jours. Aussi bien du côté de la vigne que du comptoir, ou simplement derrière les verres. La grande communauté des gens du vin, réunie, même si on n’est pas toujours d’accord a ceci de formidable qu’on s’y sent toujours accueilli. Quitte à s’étriper parfois (enfin, au sens littéral, on n’est pas des sauvages). Lire la suite

Publicités

Les portes de la (g)Loire #3

La vie est belle, chic et pas cher.

Faut pas croire, en Loire, j’ai aussi goûté des loire. Je sais, ça parait dingue. J’aime beaucoup, beaucoup, les vins de Loire, même si je n’en parle pas très souvent. Mea culpa, il y a tellement de vins, et jamais assez de temps. Mais pourquoi aime-je la Loire?

D’abord, le chenin. Enfin, pour être in, on dit le ch’nin. On ravale le -e comme on avale (avec plaisir) le vin. Cépage métamorphe, capable du sec le plus cinglant jusqu’au tendre le plus cinglé, le ch’nin a lui seul mériterait déjà qu’on aime la Loire.

Mais les sauvignon, melon, gros plant… on ne doit pas passer à côté non plus. Ils offrent même d’énormes surprises (teasing pour la suite de ces billets). Lire la suite

Les sensations pures, la dégust’ *

des vins nu(e)s

*ha ben oui, fallait.

Sans faire du tout exprès, puisque je fixe les thèmes des dégustations en général en août, la dégustation de ce mois collait parfaitement à l’actu. Et oui, c’est ça être à la pointe, mes enfants.

Vins natures, vins purs, vins sans soufre (ajouté, ne chipotons pas) ou très peu, vin tarés… Voilà une bonne façon de ponctuer le débat qui déchaine la blogosphère vineuse depuis maintenant une bonne semaine. La meilleure peut-être. On aura beau ergoter sans cesse sur la qualité ou non, et la pertinence ou non d’utiliser du soufre ou de s’en passer, la vérité est dans le verre.

Sept vins programmés, sept vins pour essayer de se faire un avis. Deux blancs, plus un et quatre rouges, parce que tel est mon bon plaisir (faut bien des avantages à mon métier si compliqué, hein). Lire la suite

Classé X(mas)*

C’est con: ça repousse pas

*un billet avec des morceaux X dedans

C’était bien joli de vous faire saliver/ vous admonester/ vous gaver de conseils pinards pour le réveillon (et d’ailleurs, j’espère que vous avez bien profité) mais qu’ai-je donc bu moi?

Je sais, mon égo crève les plafonds pour penser que ça intéressera forcément le monde entier, que voulez-vous, on ne se refait pas. J’ai mauvais caractère en plus d’être im-bue, ce qui pour une ex-sommelier est un comble. Non?

Tout de suite, sous vos yeux ébahis, listing des quilles sacrifiées à l’autel des fêtes avec du suspense, de l’amour, de la tendresse et peut-être de quoi faire vaciller la France sur ses fondements viticoles. Carrément.

D’abord en bulles, qu’on me pardonne mais j’ai des monomanies: j’ai un faible, léger, pour le crémant du Jura. Et je m’empresse de le faire découvrir dès que je peux (surtout quand je me trouve dans un réveillon uber-tradi, au milieu de gens qui hors crémant d’Alsace ne connaissent point le salut). Valérie, son sourire permanent et Fabrice sont des gens adorables: leur pinard vaut largement qu’on dépasse l’intégrisme pro-alsacien. Débouchée vite fait, une quille de crémant rosé qui fleure la pivoine et la fraise, la langue toute émoustillée, les gorges qui glougloutent, et pouf ! Curieusement, la deuxième bouteille ne se fait pas prier. Gourmand, frais, rond, un jus rose pas que pour les filles.

Crémant du jura rosé, domaine Champ divin (anciennement champ d'étoiles)

Crémant du jura rosé, domaine Champ divin (anciennement champ d’étoiles)

Le lendemain, champagne… Et grand cru, siouplait. J’ai déjà parlé de la « petite cuvée » de Francis là. Mailly, c’est un cran au dessus. Mister Mastroianni mais pas en marcel, il a enfilé un smoking. Celui qu’on prend plaisir à lui ôter en prenant son temps. Exactement comme la bulle fine du Mailly se laisse déguster lentement, sensuellement au fur et à mesure que la palette d’arômes se dévoile. Un bout de peau par ci, un éclat de chair par là, grand et sexy ce jus.

boulard

Champagne Boulard, Mailly grand cru extra brut

En blanc, pas de folie pour le jour du réveillon, mais une cuvée comme je les aime: du sud, mûre sans être molle, rock mais pas sale. Iconoclaste pour mes vieux buveurs de bordeaux, v’là une grenache (des, grise et blanche) qui a beaucoup plu. Seule, elle épatait de longueur et de gras, avec un poil d’oxydatif pas du tout malvenu. Sur le lieu au safran, elle jouait un accord majeur, son petit côté nez curry relevé par la sauce. Un gros miam pas compliqué.

serre

La serre, Domaine Sainte croix, vin de table 2009

En aparté, puisqu’on m’a fait la remarque: oui, les verres… Je peste suffisamment quand on n’utilise pas de bons verres à dégustations, d’ailleurs piqure de rappel là. Mais, un JOUR par an, un SEUL je suis tolérante. Vous avez peine à le croire, je le sais. Invitée, je pouvais pas trop la ramener questions verres- qu’on avait pris grand soin de disposer, comme un truc rare et précieux- déjà que je les bousculais grave avec le pinard. Aucun vin n’a vraiment souffert, ils étaient assez expressifs pour bien se tenir, même en cristal travaillé.

Les blancs qui suivent, ceux du lendemain, ont eu droit à leurs beaux verres de dégust’, les vrais.

Avec des escargots, préparés tout simplement chouïa de crème et ciboulette, bourgogne. Un peu jeune, encore. Un ado qui a le bouton qui gratte sur le bout du nez, le sébum qui perle sur le front mais dont on sait qu’il sera sublime d’ici peu. Un boisé sans doute encore un peu trop présent à mon goût et un manque de typicité meursaultaise du coup. Elle apparaitra, la délicate quand tout ça sera un peu mieux fondu. Avec le saumon fumé, il se collait pas trop mal, mon norvégien pas trop salé à l’aise avec le gras du vin.

meurs

Meursault les vireuils dessous Domaine Parigot 2009

Deuxième blanc du jour de Noël, et là, apprêtez vous à saliver, baver, perdre toute contenance. D’abord, j’ai hésité à ne rien mettre d’autre comme commentaire que « Putain, Wow ». Et puis je me suis dit que c’était un peu court jeune homme (dit la jeune mariée).

Donc, soyons plus diserte. Un nez incroyable, d’une sensualité monstre, un abricot qu’on devine juteux, qu’on crève de mordre, lové comme un secret, de la vanille, une épice qu’on voudrait avoir été chercher soi-même loin là-bas par delà les mers, toutes voiles dehors. Ca appelle à se vautrer sur un canapé à l’ancienne, jambes étendues et verre bien arrimé, tellement y en a là dedans. De ce genre de nez qui vous laissent l’oeil humide et la langue pendante, le coeur qui cogne de suspense : est-ce que la bouche va être pareille ? Mieux ? Décevante ?

Je sais pas vous mais moi ça me stresse ce genre de vin qui promet presque trop. Pareil qu’une séance de préliminaires qui tomberait à plat.

On a peur que ça ne bande plus en bouche, soyons clairs.

Et puis… Bordel ! Ca tient ! Ca bande dur. Et mieux que ça, c’est dense, c’est lumineux, ça envoie du petit bois. D’abord, c’est l’abricot qui jute, waw, ça explose de jus. Puis c’est tendre, ça se dit avec des fleurs, de l’acacia, ça se réchauffe de miel mais à peine… Enfin ça vire de bord, flamboyant. J’ai arrêté d’énumérer les arômes, je pouvais plus, fermé les yeux et zouf la béatitude. Une densité incroyable, une longueur géniale et à la fin un coup de fouet pour nous rappeller qu’on est encore bien sur terre. Qu’on peut tomber à genoux, et se trouver un dieu pour devenir croyant. Même si on est le dernier des païens. Moi je dis, un vin qui vous roule autant dans le stupre avant de vous faire presque entrer dans les ordres de bonheur, y a qu’en Suisse que c’est possible.

Les suisses font de grands vins, il faut le savoir. Bon, on peut leur laisser ça, ils font bien du chocolat dégueulasse. Avec les dorades juste grillées, et une réduction de soja on atteignait à une sorte de nuage céleste, où le sel de la sauce fichait des bourre-pifs au vin qui lui collait des gnons sévère avant qu’ils ne se roulent ensemble pour une étreinte absolument pas catholique.

paien

Païen AOC Valais Chamoson Simon Maye 2009

Et après ça, le déluge ?

Presque.

Parce que la sauvagerie ça va bien un moment, back to basics. Un peu de sucre dans ce monde de brutes, et du Jura en veux-tu en v’là. Tourbillon de figues, pruneaux, et même dattes au nez, un poil de poire bien mûre, celle qu’on verrait bien nappée de caramel, … Une tatin, en plus élégant. Une bouche d’une classe folle, un baiser de Rhett Buttler (oui, qu’on me pardonne, j’ai ENCORE regardé autant en emporte le vent) avec sa moustache qui picote. Ce que j’aime dans le sucre, c’est quand il est discret, quasi absorbé par une avalanche de fruits, de confits et d’épices. Bingo! Un passerrillé jurassien pas fatigant, donc. Sublime seul, en apothéose. Si je voulais impressionner définitivement un amoureux, c’est ce que je lui servirais. Sur une peau de bête. Avec du Brian Ferry.

J’ai le sens de la torture, oui.

spi

Spirale, vin passerillé (jura) Bénédicte et Stéphane Tissot 2008

Pour terminer parce que nous n’avons pas bu que des blancs et des bulles, j’ai viré ma cuti ou quasi en allant chercher de mon plein gré une bouteille de bordeaux. Mais quel plaisir ! Des comme ça, j’en ferais bien mon ordinaire. Du fruit, de l’allant, de la présence sans être pédant ou vulgaire, de la bouche noire cerise avec une pointe menthol. Grave bon ce petit champ, un bordeaux qui pète pas plus haut que son cul, qu’il a fort joli. De quoi retrouver la foy. Décidément, voilà un noël qui aura été mystique.

champ

Petit champ Domaine Champ des Treilles, sainte-foy-bordeaux 2011

Everybody’s looking for a reason to live
If you’re looking for a reason
I’ve a reason to give

Pleasure, little treasure.

Da-Douro-ron 4*

*comme Rocky, solide.

Dans le Douro, il n’y a pas que d’énormes quintas possédant plusieurs dizaines (voire centaine d’hectares) mais il y aussi quelques « petites » maisons. La quinta do Tedo en fait partie, avec une histoire particulière, et un propriétaire qui la met un peu à part de certaines.

Parce qu’il est bourguignon. Ça arrive à des gens très bien, bon (j’exagère, je sais, on ne taquine que ceux qu’on estime beaucoup, n’est-ce pas?). Et il s’appelle Bouchard. Comme les autres, oui. Forcément, quand on vient d’une famille comme ça, on n’échappe pas au vin. C’est à double tranchant: si on jouit déjà en amont d’une certaine réputation, on est aussi cantonné dans un certain cercle, une façon de faire. Lire la suite

On ira, où tu voudras quand tu Jura (oh, Savoie!)*

Un sein se cache dans cette image. Le retrouveras-tu?

*et l’on s’aimera encore, lorsque l’amour sera mort. Moi, tant qu’il y a du vin, je suis pas compliquée hein Joe ?

A priori, il n’y a pas de raisons vraiment évidentes de mettre dans la même dégustation des vins de Jura, et de Savoie. Hormis le fait que ce sont deux petits vignobles, plutôt montagnards, leurs vins n’ont pas grand chose en commun. Pourtant on les accole souvent. J’en ai déjà parlé là : on se dit, boh, la Savoie c’est tout petit, c’est facile. Et ho, en Jura y a le vin jaune. That’s all. Lire la suite

Ciste suffisait qu’on s’aime…

Ciste suffisait d’aimer … Vous n’avez rien lu, je ne fais absolument pas de références à Céline. Ahem.

Parfois tu as tout pour faire LA belle rencontre, tous les paramètres semblent réunis, et puis non. Tu tortilles sur ta chaise, t’attends que ça se passe, tu t’emmerdes sévèrement, tu comptes les mouches au plafond ou les étoiles dans le ciel, tu penses à ta liste de courses, bref. Tu n’es pas dedans.

Complètement pas happée par ce qui se joue.

D’autant plus incompréhensible au premier abord que le protagoniste t’as été loué, sur-vendu, avec force détails et sourires émerveillés.

Mais voilà, il ne se passe rien.

Pire, c’est l’ennui total.
Lire la suite