Ma semaine en clichés (2)

Le resto de la semaine:

Après une journée de balade, nous arrivons à Durbuy. Et nous posons au bord de l’eau, à la taverne 1331. Nous commandons nos plats, du vin, et un apéro. Nous le sirotons tranquilles trois minutes environ: c’est là qu’on nous amène nos assiettes – sans accompagnement de pain, d’ailleurs – au lance-pierre. Aucune excuse « vous n’avez pas fini l’apéro? ». Aucun empressement à au moins s’occuper du vin commandé. Souhaitions-nous de l’eau, peut-être? On ne nous l’a pas demandé. Et on n’a pas eu l’occasion de le faire, les serveurs disparaissant mystérieusement après être passés à notre table. La bouteille de vin, commandée à l’apéro, est  arrivée alors que nous finissions nos truites. Décidés à ne pas nous énerver, puisqu’il faisait si beau, nous envisagions de finir le vin tranquille, puis de commander un dessert. Les trente minutes – au bas mot – d’attente pour débarrasser nos assiettes, puis la disparition de tous serveurs (donc impossible de passer commande du moindre dessert) nous a découragé. Point d’orgue? Nous avons du nous lever pour aller chercher un serveur en salle afin de régler l’addition. Plats corrects, mais service qui fait plouf. Ballot, quand on est au bord de l’eau.

Taverne 1331

Rue du Comte Theodule d’Ursel 14

6940 Durbuy

Le chenin de la semaine:

saven

Comme quoi, tout n’est pas tout blanc tout n’est pas tout noir: bu à l’adresse au-dessus, ce très joli chenin à pleine maturité, pile à la bonne température (sûrement pas fait exprès). Le nez te bourre le pif de poire et de safran, avec un côté légèrement oriental. Puis la bouche reprend un peu de tenue, plus fruit, moins d’épices, et une finale clapante. 2007 n’étant pas l’année la plus dégueu qui soit pour ce genre de vins, mais ça n’explique pas tout.

Le test de la semaine:

tomates

Je n’avais jamais fait de tomates confites, bien que grande fan de ce genre de grignotes. Et c’est super simple:  on coupe en 4 les tomates (plus ou moins de la même taille), on enlève le trognon (?!), on épépine avec les doigts. On place face bombée contre la plaque du four, huilée. On saupoudre de sel, de sucre, et d’huile + les épices que l’on souhaite (romarin, sauge, basilic, ail haché… moi j’ai mis du thym et une feuille de laurier) => au four à 100° pendant au moins 5h, 6h si les tomates sont grosses. On laisse refroidir puis on met en bocal (préalablement bouilli 5 min, puis refroidi) et on couvre de ce qui reste d’huile de cuisson + huile d’olive. C’est prêt! Je réfléchis à en faire une prochaine fois aromatisées au gingembre. Ma passion coupable.

Le malbec  de la semaine:

cahors

C’est du malbec, certes, mais c’est avant tout un super cahors. Remettre l’église au milieu du village, et l’AOP à sa juste place. Ceci dit, le vin, c’est aussi fait pour être bu, sans chichis, parce qu’il y en a marre des salamalecs. Parce qu’on a beau faire toute la comm’ qu’on veut, le dernier qui a parlé c’est le vigneron, et c’est lui qui a raison. C’est du chouette vin d’appellation, ça ne coûte pas dix balles, c’est juteux à souhait, déclinaison de cerises noires et de mûres. Et moi j’dis, quand je lis tout ce que je lis,  la grande sagesse c’est: la fermer, et reprendre un verre de ça!

La syrah de la semaine:

cayas

On parle trop peu des vins suisses. On dit rarement leur grande originalité, leur finesse et leurs cépages parfois très étonnants. Ici, ce n’est pas le raisin qui fait l’OVNI, puisqu’il s’agit d’une syrah, une habituée des bonheurs divers, mais le vin en lui-même. Riche, velouté, presque caractériel: ce jeune freluquet a besoin d’un bon coup de carafe sur le pif pour se discipliner, pour faire fondre ses dernières résistances. Car une dizaine d’années de cave ne l’a pas assagi, il est fougueux, comme un étalon. Sa robe sombre et  son nez annoncent la couleur, sa bouche est poivrée, le fruit derrière se fait prier, puis apparait, mordant. Très belle syrah, pas besoin de tortiller du cul pour admettre ça.

Je me coupe du monde? Mais pas du pinard!

Tout le monde n’aime pas le foot, c’est un fait. Or, en cette période particulièrement, c’est compliqué d’entretenir des conversations qui tournent autour d’autre chose que le ballon rond. De deux choses l’une, soit vous adorez ça et tant mieux. Soit vous vous en footez, et c’est là que j’interviens. Si on profitait de la coupe du monde pour apprendre des trucs sur les vins?

D’où m’est venue l’idée de live-tweeter pendant les matches histoires, anecdotes et petits trucs sur les vins des pays en présence. Le live-tweet pour ceux qui ignorent l’exercice, c’est raconter en direct et dans la limite des 140 caractères qu’offre Twitter, une histoire.  J’ai regroupé ici les premiers live-tweets, d’autres suivront.

Je vous prépare aussi une surprise pour les huitièmes, mais chut! Lire la suite

Que sera syrah…*

* whatever will be will be

La dégustation du mois avait pour thème la syrah. Le syrah, disent certains. Le ou la, qu’importe en fait son genre: c’est un cépage assez passionnant, parce qu’il offre beaucoup de variantes selon où il est planté, selon le terroir, le vinificateur, … La planter sur shistes permet de faire monter son acidité, par exemple, et donc d’obtenir des rouges avec de la fraicheur. Critère non négligeable de buvabilité. Lire la suite

Idéalakon #2: Le vin nature, des sensations pures*

Born to be wild

*par avance mes excuses, ce billet est un peu long, je sais que ça va vous bouffer au moins 7 minutes de temps de lecture.

Ne reculant devant aucun sacrifice, je me replonge dans le réservoir des idées reçues et toutes faites sur le monde du pinard. Aujourd’hui, au menu: les vins natures.

A ma droite les aficionados défenseurs du vin nature, libre, nu. A ma gauche, les pourfendeurs de ces vins déviants, tarés,  n’en jetez plus la cour est pleine et les odeurs de bouses de vaches seront bien gardées. La guerre des Anciens et des Modernes à côté?  De la petite bière. Les Horaces contre les Curiaces? Des peccadilles. Lire la suite

Classé X(mas)*

C’est con: ça repousse pas

*un billet avec des morceaux X dedans

C’était bien joli de vous faire saliver/ vous admonester/ vous gaver de conseils pinards pour le réveillon (et d’ailleurs, j’espère que vous avez bien profité) mais qu’ai-je donc bu moi?

Je sais, mon égo crève les plafonds pour penser que ça intéressera forcément le monde entier, que voulez-vous, on ne se refait pas. J’ai mauvais caractère en plus d’être im-bue, ce qui pour une ex-sommelier est un comble. Non?

Tout de suite, sous vos yeux ébahis, listing des quilles sacrifiées à l’autel des fêtes avec du suspense, de l’amour, de la tendresse et peut-être de quoi faire vaciller la France sur ses fondements viticoles. Carrément.

D’abord en bulles, qu’on me pardonne mais j’ai des monomanies: j’ai un faible, léger, pour le crémant du Jura. Et je m’empresse de le faire découvrir dès que je peux (surtout quand je me trouve dans un réveillon uber-tradi, au milieu de gens qui hors crémant d’Alsace ne connaissent point le salut). Valérie, son sourire permanent et Fabrice sont des gens adorables: leur pinard vaut largement qu’on dépasse l’intégrisme pro-alsacien. Débouchée vite fait, une quille de crémant rosé qui fleure la pivoine et la fraise, la langue toute émoustillée, les gorges qui glougloutent, et pouf ! Curieusement, la deuxième bouteille ne se fait pas prier. Gourmand, frais, rond, un jus rose pas que pour les filles.

Crémant du jura rosé, domaine Champ divin (anciennement champ d'étoiles)

Crémant du jura rosé, domaine Champ divin (anciennement champ d’étoiles)

Le lendemain, champagne… Et grand cru, siouplait. J’ai déjà parlé de la « petite cuvée » de Francis là. Mailly, c’est un cran au dessus. Mister Mastroianni mais pas en marcel, il a enfilé un smoking. Celui qu’on prend plaisir à lui ôter en prenant son temps. Exactement comme la bulle fine du Mailly se laisse déguster lentement, sensuellement au fur et à mesure que la palette d’arômes se dévoile. Un bout de peau par ci, un éclat de chair par là, grand et sexy ce jus.

boulard

Champagne Boulard, Mailly grand cru extra brut

En blanc, pas de folie pour le jour du réveillon, mais une cuvée comme je les aime: du sud, mûre sans être molle, rock mais pas sale. Iconoclaste pour mes vieux buveurs de bordeaux, v’là une grenache (des, grise et blanche) qui a beaucoup plu. Seule, elle épatait de longueur et de gras, avec un poil d’oxydatif pas du tout malvenu. Sur le lieu au safran, elle jouait un accord majeur, son petit côté nez curry relevé par la sauce. Un gros miam pas compliqué.

serre

La serre, Domaine Sainte croix, vin de table 2009

En aparté, puisqu’on m’a fait la remarque: oui, les verres… Je peste suffisamment quand on n’utilise pas de bons verres à dégustations, d’ailleurs piqure de rappel là. Mais, un JOUR par an, un SEUL je suis tolérante. Vous avez peine à le croire, je le sais. Invitée, je pouvais pas trop la ramener questions verres- qu’on avait pris grand soin de disposer, comme un truc rare et précieux- déjà que je les bousculais grave avec le pinard. Aucun vin n’a vraiment souffert, ils étaient assez expressifs pour bien se tenir, même en cristal travaillé.

Les blancs qui suivent, ceux du lendemain, ont eu droit à leurs beaux verres de dégust’, les vrais.

Avec des escargots, préparés tout simplement chouïa de crème et ciboulette, bourgogne. Un peu jeune, encore. Un ado qui a le bouton qui gratte sur le bout du nez, le sébum qui perle sur le front mais dont on sait qu’il sera sublime d’ici peu. Un boisé sans doute encore un peu trop présent à mon goût et un manque de typicité meursaultaise du coup. Elle apparaitra, la délicate quand tout ça sera un peu mieux fondu. Avec le saumon fumé, il se collait pas trop mal, mon norvégien pas trop salé à l’aise avec le gras du vin.

meurs

Meursault les vireuils dessous Domaine Parigot 2009

Deuxième blanc du jour de Noël, et là, apprêtez vous à saliver, baver, perdre toute contenance. D’abord, j’ai hésité à ne rien mettre d’autre comme commentaire que « Putain, Wow ». Et puis je me suis dit que c’était un peu court jeune homme (dit la jeune mariée).

Donc, soyons plus diserte. Un nez incroyable, d’une sensualité monstre, un abricot qu’on devine juteux, qu’on crève de mordre, lové comme un secret, de la vanille, une épice qu’on voudrait avoir été chercher soi-même loin là-bas par delà les mers, toutes voiles dehors. Ca appelle à se vautrer sur un canapé à l’ancienne, jambes étendues et verre bien arrimé, tellement y en a là dedans. De ce genre de nez qui vous laissent l’oeil humide et la langue pendante, le coeur qui cogne de suspense : est-ce que la bouche va être pareille ? Mieux ? Décevante ?

Je sais pas vous mais moi ça me stresse ce genre de vin qui promet presque trop. Pareil qu’une séance de préliminaires qui tomberait à plat.

On a peur que ça ne bande plus en bouche, soyons clairs.

Et puis… Bordel ! Ca tient ! Ca bande dur. Et mieux que ça, c’est dense, c’est lumineux, ça envoie du petit bois. D’abord, c’est l’abricot qui jute, waw, ça explose de jus. Puis c’est tendre, ça se dit avec des fleurs, de l’acacia, ça se réchauffe de miel mais à peine… Enfin ça vire de bord, flamboyant. J’ai arrêté d’énumérer les arômes, je pouvais plus, fermé les yeux et zouf la béatitude. Une densité incroyable, une longueur géniale et à la fin un coup de fouet pour nous rappeller qu’on est encore bien sur terre. Qu’on peut tomber à genoux, et se trouver un dieu pour devenir croyant. Même si on est le dernier des païens. Moi je dis, un vin qui vous roule autant dans le stupre avant de vous faire presque entrer dans les ordres de bonheur, y a qu’en Suisse que c’est possible.

Les suisses font de grands vins, il faut le savoir. Bon, on peut leur laisser ça, ils font bien du chocolat dégueulasse. Avec les dorades juste grillées, et une réduction de soja on atteignait à une sorte de nuage céleste, où le sel de la sauce fichait des bourre-pifs au vin qui lui collait des gnons sévère avant qu’ils ne se roulent ensemble pour une étreinte absolument pas catholique.

paien

Païen AOC Valais Chamoson Simon Maye 2009

Et après ça, le déluge ?

Presque.

Parce que la sauvagerie ça va bien un moment, back to basics. Un peu de sucre dans ce monde de brutes, et du Jura en veux-tu en v’là. Tourbillon de figues, pruneaux, et même dattes au nez, un poil de poire bien mûre, celle qu’on verrait bien nappée de caramel, … Une tatin, en plus élégant. Une bouche d’une classe folle, un baiser de Rhett Buttler (oui, qu’on me pardonne, j’ai ENCORE regardé autant en emporte le vent) avec sa moustache qui picote. Ce que j’aime dans le sucre, c’est quand il est discret, quasi absorbé par une avalanche de fruits, de confits et d’épices. Bingo! Un passerrillé jurassien pas fatigant, donc. Sublime seul, en apothéose. Si je voulais impressionner définitivement un amoureux, c’est ce que je lui servirais. Sur une peau de bête. Avec du Brian Ferry.

J’ai le sens de la torture, oui.

spi

Spirale, vin passerillé (jura) Bénédicte et Stéphane Tissot 2008

Pour terminer parce que nous n’avons pas bu que des blancs et des bulles, j’ai viré ma cuti ou quasi en allant chercher de mon plein gré une bouteille de bordeaux. Mais quel plaisir ! Des comme ça, j’en ferais bien mon ordinaire. Du fruit, de l’allant, de la présence sans être pédant ou vulgaire, de la bouche noire cerise avec une pointe menthol. Grave bon ce petit champ, un bordeaux qui pète pas plus haut que son cul, qu’il a fort joli. De quoi retrouver la foy. Décidément, voilà un noël qui aura été mystique.

champ

Petit champ Domaine Champ des Treilles, sainte-foy-bordeaux 2011

Everybody’s looking for a reason to live
If you’re looking for a reason
I’ve a reason to give

Pleasure, little treasure.